
Surprise : intégrer l'IA dans le développement d'un jeu aurait des conséquences négatives sur sa réception via Steam
Qui l'eut cru ?
Une étude relayée par PCGamer et publiée par Ross Burton, docteur en données et responsable produit chez Game Oracle, apporte un éclairage quantitatif sur un phénomène jusqu'ici difficile à mesurer : le coût en image et commercial de la mention d'intelligence artificielle dans le développement d'un jeu sur Steam.
L'étude base son analyse sur 9 879 jeux publiés sur Steam entre janvier et octobre 2025, après filtrage des spams, des "sorties purement commerciales" (on a du mal à voir ce dont il s'agit, mais soit, vos lanternes nous éclaireront peut-être) et des free-to-play. Parmi cet échantillon, 17,9 % déclaraient un usage d'IA, sachant que ce chiffre a commencé à être systématisé depuis janvier 2024 en rendant obligatoire la mention de toute IA utilisée en développement sur les pages des jeux idoines.
L'IA, c'est surtout pour les petits
Ainsi, à première vue, l'écart entre jeux avec et sans déclaration d'IA semble relativement modeste : les premiers récoltent en moyenne 4 avis dans leur premier mois post-lancement contre 7 pour les seconds, près de 20 % d'entre eux ne recevant aucun avis contre 15 % pour les non-IA, et leur note moyenne plafonne à 84,6 % contre 88,3 % pour les jeux sans IA déclarée. Mais nous ne sommes pas encore au coeur du sujet : c'est lorsque l'analyse contrôle les variables confondantes (à savoir l'expérience antérieure du développeur, le soutien d'un éditeur, le genre ou la date de sortie) que les chiffres deviennent véritablement intéressants. Ainsi, deux jeux comparables à tous égards, l'un déclarant une IA et l'autre non, verraient le premier recevoir environ 53 % d'avis en moins. "Pour les jeux à fort potentiel, le "stigmate IA" est réel et punit sévèrement les développeurs qui auraient autrement réussi", indique Burton dans son rapport.
La nuance la plus importante de l'étude concerne la distribution de cet effet selon le profil du développeur. Pour les studios débutants sans budget marketing ayant eu recours à l'IA faute d'autres ressources, l'impact négatif est quasi nul : ces jeux auraient de toute façon eu du mal à percer. En revanche, pour les studios expérimentés disposant d'un suivi existant et des ressources pour produire un jeu de qualité selon les standards modernes, l'usage d'IA se traduirait par une chute estimée entre 40 % et 60 % des ventes selon l'étude. "Ils ont le talent, le budget et le savoir-faire. Ils décident d'expérimenter avec l'IA pour optimiser leur flux de travail. Si cette hypothèse est correcte (si ce sont les "bons" studios qui utilisent l'IA), alors l'usage de l'IA est catastrophique", écrit Burton.
Divers exemples concrets sont employés pour illustrer ce paradoxe : The Finals et Suck Up! ont su intégrer l'IA sans en souffrir commercialement, tandis que des franchises comme Call of Duty : Black Ops 7 et Jurassic World Evolution 3 ont pâti de leurs déclarations d'usage IA. Clair Obscur : Expedition 33 et Crimson Desert ont de leur côté utilisé des éléments générés par IA à titre de placeholders, avec des réactions contrastées de la communauté (sans pour autant souffrir d'un point de vue commercial).
En guise de conclusion, Burton se garde de tout verdict définitif sur les causes exactes de ce phénomène : l'usage d'IA est peut-être "corrélé à d'autres décisions menant à un jeu mal conçu" autant qu'il peut en être la cause directe. Vous savez, comme ces pontes qui rendent obligatoire l'usage de l'IA, sans savoir réellement à quelles fins ni ce qu'ils pourront en tirer concrètement dans le processus de développement. Il rejette néanmoins la conclusion facile d'un boycott organisé des joueurs, préférant insister sur la façon dont l'IA est utilisée plutôt que sur le fait qu'elle le soit, tout court. "L'IA n'est pas quelque chose à éviter. Approchez-la avec prudence. Utilisez-la avec grâce. Ce n'est pas un substitut au travail, c'est juste là pour alléger la charge" indique l'auteur de l'étude. Ce que l'on entend dans ce message, c'est, en essence : utilisez de l'IA si vous voulez (surtout si vous n'êtes pas un gros studio), mais faites en sorte que ça ne se voit pas trop, sous peine de perdre de nombreux clients potentiels.