Mémoire cash - Dino Stalker : le vilain petit canard de Capcom qui canardait du raptor

Mémoire cash - Dino Stalker : le vilain petit canard de Capcom qui canardait du raptor

Dino Stalker : le vilain petit canard de Capcom qui canardait du raptor

Sortez les GunCon 2

Le 27 juin 2002, Capcom publiait au Japon Dino Stalker sur PlayStation 2. Développé par les artisans de chez TOSE, ce jeu de tir à la première personne conçu pour le pistolet optique Guncon 2 traîne depuis un quart de siècle une solide réputation de croûte infâme et de nanar intersidéral. Posons le flingue deux minutes et regardons la bête entre les deux yeux : s'agit-il vraiment du désastre traumatique décrit par la mémoire collective, ou d'un plaisir coupable d'arcade injustement piétiné ?

Pour comprendre le foutoir qu'est Dino Stalker, il faut d'abord s'installer avec un doliprane et décortiquer son acte de naissance. En Occident, le titre débarque sous ce blase neutre de resucée de Jurassic Park. Mais au Japon, son vrai nom, c'est Gun Survivor 3 : Dino Crisis. Il s'agit donc du troisième épisode d'une série de spin-offs initiée sous la bannière Resident Evil (Gun Survivor 1 et 2), qui décide soudainement de squatter la franchise des dinosaures, elle-même née à l'époque comme un décalque de Resident Evil avec des écailles. Un jeu dérivé d’une saga A qui s'en va adapter l’univers d’une saga B, qui n’est autre qu’une variante de la saga A. Une cascade de passerelles éditoriales qui donne instantanément envie de secouer le service marketing d'Osaka par les boutons de manchette en lui hurlant très fort dans les esgourdes.

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Dino Crisis sous acide

Visuellement et scénaristiquement, Dino Stalker embrasse son statut de série B avec une absence totale de cynisme qui force le respect. On y incarne Mike Wired, un pilote de chasse de la Seconde Guerre mondiale qui, alors qu'il est sur le point de se faire descendre en plein dogfight, se retrouve téléporté dans le futur par une faille temporelle. Une pirouette plus tard, il se retrouve à devoir sauver Paula, une gamine amnésique perdue au milieu d'un Manhattan désertique envahi par des ptérodactyles et des vélociraptors. C'est bel et bien un scénario Kamoulox, du grand n'importe quoi scénaristique qui fait le pont de manière totalement artificielle avec la fin de Dino Crisis 2. Le doublage anglais, d'une mollesse et d'un amateurisme légendaires, achève de faire basculer le titre dans la catégorie du nanar magnifique. Mike commente la fin du monde et les assauts d’un T-Rex avec l'enthousiasme d'un employé de bureau qui regarde la pluie tomber derrière sa fenêtre, ce qui crée un décalage absolument délicieux.

Alors oui, c’est rigolo et kitch, mais manette (ou plutôt flingue) en main, Dino Stalker est loin d'être la purge annoncée. Contrairement au premier Gun Survivor sur PS1 qui était un calvaire d'une lenteur pachydermique, Dino Stalker comprend ce qu'implique le mot "arcade". Le titre exploite parfaitement la croix directionnelle nichée à l'arrière du Guncon 2, permettant de se déplacer librement dans des environnements en 3D tout en alignant les monstres à l'écran. Le rythme est frénétique, presque hystérique. Le jeu hérite d'ailleurs de la philosophie "score et combo" de Dino Crisis 2. On avance à marche forcée, traqué par un timer impitoyable, en switchant entre le fusil d'assaut de base, des lance-roquettes temporaires ou des tirs lasers ultra-rapides. Les dinosaures vous foncent dessus par grappes de douze, les boss (dont un Carnotaurus borgne particulièrement teigneux) demandent de légers réflexes d'esquive, et l'action ne s'arrête jamais. Très court (comptez deux heures pour le boucler), Dino Stalker est d'une efficacité redoutable pour quiconque aime vider des chargeurs sur son tube cathodique le samedi soir.

Dino Stalker n'est pas un grand jeu, et il a légitimement souffert de la comparaison avec les cadors du genre de l'époque comme Time Crisis. Mais le condamner au bûcher des pires bouses de la PS2 est une injustice flagrante. C'est le vestige d'une époque révolue où Capcom tentait des expériences périphériques bizarres, un pont bancal mais généreux entre deux franchises cultes. Un nanar, soit, mais un nanar hautement récréatif qui ne méritait pas de finir fossilisé dans l'indifférence générale.

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