Mémoire cash - Shadow Hearts : l'héritier gothique resté dans l'ombre du maître Koudelka

Mémoire cash - Shadow Hearts : l'héritier gothique resté dans l'ombre du maître Koudelka

Shadow Hearts : l'héritier gothique resté dans l'ombre du maître Koudelka

Vampires catcheurs et occultisme

Le 28 juin 2001, le studio Sacnoth tentait d'imposer sa vision de l'horreur sur PS2 avec Shadow Hearts. Suite directe et spirituelle du traumatisant Koudelka sorti sur PS1, le titre venait stabiliser une formule jadis trop expérimentale. Vingt-cinq ans plus tard, si l'aventure de Yuri reste une suite hautement recommandable, elle n'atteindra jamais le génie atmosphérique pur et sans concession de son aîné.

En 1999, Koudelka avait laissé l'industrie avec une sacrée gueule de bois. Hybride monstrueux entre un Resident Evil et un RPG exigeant, le bébé de Hiroki Kikuta avait divisé mais marqué les esprits au fer rouge par son ambiance unique. Pour ce passage à la 128-bits, Sacnoth avait décidé de rentrer (un peu) dans le rang du JRPG traditionnel. Shadow Hearts gagnait en souplesse, et offrait enfin une jouabilité digne de ce nom, là où l'opus PS1 s'embourbait parfois dans un rythme pachydermique.

La Roue de la fortune RPG

Le coup de génie mécanique de cet épisode s'appelait la Roue du Jugement (Judgement Ring). Un système de timing impitoyable où chaque attaque, sort ou utilisation d'objet demandait de stopper une aiguille dans des zones colorées bien précises du disque. Une idée de game design brillante qui injectait une tension de tous les diables dans le tour par tour classique, et faisait du moindre affrontement contre un démon de base une affaire de réflexes et de prise de risque.

Le cadre historique, lui aussi, apportait un vent de fraîcheur bienvenu. On quittait la fantasy de fin du 19ème siècle, pour arpenter une Terre alternative de 1913, à la veille de la Grande Guerre, entre une Chine impériale mystique et une Europe continentale hantée par l'occultisme. Rappelons aussi que le duo de personnages principaux, Yuri Hyuga, un "Harmonixer" cynique capable de fusionner avec des entités démoniaques, et Alice Elliot, une exorciste traquée par un sorcier millénaire, offrait une dynamique narrative d'une noirceur rare, et vivait sans doute l'une des plus belles histoires d'amour du jeu vidéo.

Là où Shadow Hearts s'est un peu perdu en cours de route, c'est précisément dans sa volonté de plaire aux amateurs de JRPG classiques. Là où Koudelka était un huis clos étouffant, porté par des dialogues d'une maturité insolente, cette suite cédait un peu trop aux sirènes et aux clichés du genre. Sacnoth diluait son soufre dans une bonne dose d’excentricité typiquement japonaise et de blagues potaches qui brisaient l'immersion. On se retrouvait à croiser des vampires catcheurs, des marchands d'armes obsédés et des mascottes absurdes. Ce grand écart permanent entre le gore des monstres d'inspiration lovecraftienne et l'humour absurde désamorçait constamment l'angoisse. En s'éparpillant dans une structure de road movie mondialiste, le titre perdait aussi la claustrophobie et l'unité de lieu qui faisaient la force brute de son ancêtre.

Shadow Hearts était un excellent élève qui appliquait une simple patine gothique sur un squelette de RPG balisé. Les clins d'œil à l'opus PS1 sont là (avec le retour de personnages cultes et de fils narratifs directs), mais la terreur pure avait laissé sa place à un divertissement excentrique. Ceci dit, Shadow Hearts a aussi été une étape nécessaire pour que Sacnoth puisse plus tard accoucher du chef-d'œuvre Covenant. Sacnoth a livré une suite à la hauteur, certes, mais à jamais hantée par le fantôme de Nemeton Monastery.

Sacnoth

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