Piqués au vif par la députée Danielle Simonnet, les patrons du jeu vidéo répondent

Piqués au vif par la députée Danielle Simonnet, les patrons du jeu vidéo répondent

Piqués au vif par la députée Danielle Simonnet, les patrons du jeu vidéo répondent

Un crédit d'impôt comme pomme de discorde

Comptant parmi les responsables politiques français(es) qui s'intéressent le plus à l'industrie du jeu vidéo, la députée Danielle Simonnet (L'Après) de la 15ème circonscription de Paris a récemment interpellé le ministre de l'économie Roland Lescure pour les conditions d'attribution du CIJV (crédit d'impôt jeux vidéo), dont les studios français dépendent aujourd'hui, malgré des conditions de travail dégradées et des vagues de licenciements ou fermetures successives. Outragé par les commentaires de Mme. Simonnet, le syndicat patronal SNJV (Syndicat National du Jeu Vidéo) est monté au créneau pour défendre les pratiques de ses adhérents.

Pilier de l'industrie française depuis son instauration en 2003, le CIJV est un cadeau fiscal aux studios qui peut s'élever jusqu'à 6 millions d'euros. Aujourd'hui, le CIJV est attribué par le CNC (Centre national du cinéma et de l'image animée), qui évalue les dossiers proposés. Parmi les critères indispensables, la commercialisation publique du produit et un budget supérieur à 100 000€, mais aussi respecter une certaine probité, puisqu'il s'agit de « respecter la législation sociale en vigueur » d'après le site du Ministère de l'Économie. C'est là que la députée Danielle Simonnet intervient.

Les patrons du jeu vidéo défendent leurs méthodes

Dans sa question au ministre de l'économie du 9 juin 2026, Danielle Simonnet rappelle l'état désastreux de l'industrie à travers le monde et les vagues de licenciements et dénonce « des zones de non-droit » dans les entreprises françaises, craignant que « les employeurs profitent de la crise en cours pour affaiblir le droit du travail ». C'est loin d'être la première fois que Danielle Simonnet s'intéresse à la question : elle avait déjà interpellé le Conseil de Paris en 2018 lors du scandale Quantic Dream. Dans sa question, elle demande si le ministre Lescure « compte mettre en place des processus sérieux d'attribution et de contrôle des aides publiques en impliquant directement les syndicats de travailleurs et quelles politiques publiques sont prévues pour aider le secteur du jeu vidéo ».

Visiblement agacé par les propos de la députée Simonnet, le syndicat patronal SNJV est monté au créneau sur LinkedIn, dénonçant « une affirmation grave et parfaitement fausse » quant aux zones de non-droit, l'accusant de déployer « un argumentaire militant totalement déconnecté de la réalité ». D'après le SNJV, « les entreprises de jeu vidéo sont pleinement engagées dans le dialogue social ». « Conditionner l'attribution des aides publiques à l'implication de certains salariés » fragiliserait le CIJV, selon les patrons.

Évidemment qu'une implication plus large du STJV (Syndicat des Travailleureuses du Jeu Vidéo) et autres syndicats du jeu vidéo (Solidaires Informatiques, Force Ouvrière...) serait déplaisante pour les patrons. Parmi les revendications fréquentes du STJV, il y a justement le contrôle systématique de l'usage du CIJV et de ses conditions d'attributions. « Conformément à leur rôle de lobbyiste, les représentant‧es patronaux ont cité le crédit d’impôts jeu vidéo (CIJV) [...] comme solution à quasiment tous les problèmes de l’industrie. Au lieu de régler les problèmes systémiques, dénoncés par les travailleur‧ses depuis des années, iels demandent toujours plus d’argent public pour arroser l’incompétence du patronat. Malgré les importantes sommes versées, il n’existe pas de réel contrôle sur cette subvention, son utilisation et le respect de ses critères par les entreprises », écrivait déjà le syndicat en 2025.

Par ailleurs, l'utilisation du CIJV par le patronat a aussi été dénoncée par les grévistes de Quantic Dream sur leur piquet du 25 juin dernier, alors que le STJV prépare le « Summer Grève Fest », série de mobilisations estivales pour sensibiliser le public sur l'état du dialogue social et de l'emploi dans les entreprises françaises. De toute évidence, la position du SNJV est loin d'être partagée par tous les travailleurs de cette belle industrie. Vous pouvez retrouver notre enquête de terrain sur la grève chez Quantic Dream en ligne.

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