
Une action collective vient d'être engagée aux États-Unis contre Samsung, SK Hynix et Micron, les trois fabricants qui contrôlent la quasi-totalité de la production mondiale de DRAM. La plainte, relayée par Law360 (puis divers publications anglophones dont VGC), les accuse d'avoir coordonné une réduction de l'offre de mémoire tout en orientant leur production vers la HBM (la mémoire à haute bande passante utilisée principalement par les centres de données d'intelligence artificielle), provoquant ainsi une flambée des prix auprès du consommateur lambda.
Selon la plainte, les trois entreprises auraient simultanément réduit leur production de DDR3 et DDR4, les formats de RAM conventionnelle utilisés dans les PC, consoles et appareils grand public, tout en se coordonnant pour basculer leurs capacités vers la HBM. Dans un marché concurrentiel normal, cette logique ne devrait pas tenir : lorsque les prix d'un produit s'envolent, au moins l'un des fabricants devrait être incité à augmenter sa production pour capter la demande et distancer ses concurrents. "Cela ne s'est pas produit", note la plainte, ce qui, selon les plaintifs, constitue la preuve d'une coordination.
Le texte souligne par ailleurs les barrières à l'entrée qui protègent ce marché oligopolistique (propre à un marché où un petit nombre de vendeurs ont le monopole de l'offre) : construire une usine de fabrication de DRAM coûte plusieurs dizaines de milliards de dollars et prend des années. Par ailleurs, les procédés de fabrication constituent des secrets industriels accumulés sur des décennies, et les contrôles à l'exportation américains empêchent les fabricants chinois d'accéder aux équipements de dernière génération. "La conséquence pratique est que lorsque les trois entreprises restreignent l'offre, aucun acteur extérieur ne peut augmenter sa production pour les concurrencer", argumente la plainte. Certes, certains acteurs chinois tentent. Mais comme c'est indiqué dans la plainte : il va falloir du temps. En attendant, le PDG de Micron indique que la pénurie de RAM ne devrait pas aller en s'améliorant jusqu'à 2028...
Mémoires de récidivistes
On rappellera aussi que Samsung et ses copains sont coutumiers du fait : en 2005, le géant coréen avait accepté de plaider coupable et de payer une amende de 300 millions de dollars pour participation à une conspiration internationale de fixation des prix de la DRAM, selon le département américain de la Justice. SK Hynix avait également plaidé coupable et écopé de 185 millions de dollars d'amende. Micron avait alors évité toute sanction en dénonçant le complot et en coopérant avec les procureurs (il paraît qu'en bons espions, on les avait équipés d'un Micron...). Les trois entreprises avaient par ailleurs fait l'objet d'une enquête du gouvernement chinois lors d'une nouvelle flambée des prix entre 2016 et 2018. "La conduite alléguée ici constitue le troisième cycle de ce type, dans le même marché, entre les mêmes entreprises", constate la plainte.
In fine, si la plainte aboutit (ce qui, compte tenu de la complexité des procédures et de la force de frappe financière des trois défendeurs, est bien loin d'être acquis), elle pourrait ouvrir la voie à des dommages et intérêts pour les consommateurs et les entreprises ayant payé des prix jugés artificiellement gonflés. En attendant, l'issue judiciaire reste incertaine, mais le simple dépôt de la plainte met en lumière les mécanismes qui ont rendu la mémoire informatique si chère si rapidement, avec des conséquences que les joueurs (entre autres, évidemment) paient désormais très cher, et dans tous les sens du terme.