Mémoire cash - Steambot Chronicles, l'inclassable jeu d'aventure plein de charme qui prenait le temps de vivre

Mémoire cash - Steambot Chronicles, l'inclassable jeu d'aventure plein de charme qui prenait le temps de vivre

Steambot Chronicles, l'inclassable jeu d'aventure plein de charme qui prenait le temps de vivre

Une des nombreuses curiosités de la PS2

La jeune génération ne doit pas se méprendre sur un point : les créateurs d'il y a 20 ans n'ont pas attendu l'éclosion puis l'explosion du jeu vidéo indépendant pour sortir des sentiers battus et proposer des expériences à contre-courant, voire inclassables. À une époque où prendre des risques était une perspective encore viable économiquement, une console comme la PlayStation 2 était capable de nous offrir des expériences rafraîchissantes tous les quatre matins. Comme cette fois où Steambot Chronicles est arrivé dans nos lecteurs.

Avant d'abandonner le développement de jeu vidéo, autour de 2012, pour se réfugier dans le confort du business des machines à sous, Irem a été jadis un nom respectable du jeu vidéo japonais. Fondée en 1974, l'entreprise a marqué l'histoire du jeu d'arcade avec des titres comme Moon Patrol (1982) et son défilement parallaxe, Kung-Fu Master (1984), le pionnier du beat'em up, et bien sûr R-Type (1987), shoot'em up dont l'héritage est encore porté aujourd'hui à bout de bras par le studio Granzella Games.

Au milieu des années 90, Irem délaisse l'arcade pour se concentrer sur les consoles de salon. Mais il faudra attendre la PlayStation 2 pour que le studio sorte deux nouvelles franchises notables : la simulation de catastrophe SOS : The Final Escape (25 avril 2002) et Steambot Chronicles (30 juin 2005). Derrière ces deux projets, un même producteur, Kazuma Kujō, le fondateur de Granzella, qui vit aujourd'hui (non sans mal) en alignant les projets R-Type, franchise toujours sous licence Irem.

Un petit retour au printemps 2011 est nécessaire : la catastrophe de Tōhoku (séisme et tsunami) met de nombreuses sociétés japonaises à genoux et précipite la sortie d'Irem du monde du développement. SOS : The Final Escape 4, alors en développement sur PlayStation 3, est annulé en conséquence, mais celui-ci verra finalement le jour sur PS4 en 2018 via Granzella, qui avait pu obtenir les droits de la franchise. Développeur depuis la fin des années 80, Kazuma Kujō traîne pourtant encore un regret. Celui de n'avoir jamais pu réaliser Steambot Chronicles 2, une suite dévoilée en vidéo sur le stand Irem du Tokyo Game Show 2006 (sur PS2) et un an plus tard sur le même salon en tant que jeu PS3, cette fois. Alors que le développement s'éternise, le projet est finalement annulé dans le sillage de la catastrophe de Tōhoku en mars 2011.

Liberté, j'écris ton nom

Pas loin de deux ans après avoir reçu un accueil bien tiède au Japon (moins de 35 000 ventes au total) sous le titre de Poncotsu Roman Daikatsugeki Bumpy Trot, Steambot Chronicles sort finalement en France au printemps 2007 avec la traduction française qui va bien. Souvent considéré comme inclassable, le jeu d'Irem peut se ranger dans la case action-RPG en forçant un peu (il manque un système de montée en puissance), mais avec un degré de liberté inhabituel. Le point de départ du scénario n'est peut-être pas le plus original puisque le héros, Vanilla, souffre d'amnésie lorsqu'il est retrouvé sur la plage par la jolie Coriander (Connie pour les intimes), mais ce manque apparent d'inspiration ne reflète pas le reste du jeu.

Inspiré par la révolution industrielle, le monde fictif de Steambot Chronicles se rapproche de notre XXe siècle mais avec un développement limité de l'électricité et de l'informatique. Ici, tout s'articule autour des Trotmobiles, des véhicules sur pattes qui n'ont pas manqué de révolutionner la vie des hommes. Bon, à l'image des robots de Patlabor, ces puissantes machines peuvent aussi être détournées de leurs objectifs initiaux et devenir des menaces entre les mains de personnes mal intentionnées.

Steambot Chronicles a été développé autour d'une idée fixe, celle d'offrir un maximum de liberté au joueur. Vraiment déroutant durant les premières heures, le jeu d'Irem révèle des richesses insoupçonnées au fil des activités que l'on découvre en se promenant en ville. Autoproclamé « aventure relaxante non-linéaire », le jeu nous laisse en effet traîner ici et là sans avoir recours à un fil directeur clair ou à une structure classique d'enchaînement de quêtes. Vanilla peut embrasser différentes carrières allant du courtier en bourse ou transporteur de marchandise en passant par le reporter et l'archéologue.

En réalité, l'amnésie de Vanilla est un prétexte pour en faire une page blanche sur laquelle le joueur va façonner une identité et une réputation en fonction de ses choix et de ses actes. Héroïque ou timoré ? Respectueux ou distant ? Justicier ou malfaiteur ? Et pourquoi pas devenir le principal antagoniste de l'histoire ? Tout ceci n'est pas un rêve fiévreux de Peter Molyneux, mais bien le game design d'un véritable OVNI de la PS2, au doux parfum de simulation de vie.

L'homme à l'harmonica

Ces métiers permettent aussi de garder un compte en banque bien garni, l'économie ayant son importance dans le jeu, surtout si vous voulez économiser pour couvrir de cadeaux les filles (oui, au pluriel) que vous convoitez, ou pour améliorer votre Trotmobile avec des pièces détachées. Et s'il ne mange rien pendant trop longtemps, Vanilla vous fera savoir par sa démarche que son ventre crie famine. Histoire de se sentir vraiment comme chez soi, Vanilla pourra même louer un appartement et l'aménager avec des meubles et des objets de décoration. Dommage que la jouabilité du Trotmobile, qui est basée sur la synchronisation des deux sticks analogiques, ne soit pas des plus instinctives, car il s'agit tout de même de notre outil de combat. Avoir joué à des titres comme Armored Core et Katamari Damacy pouvait aider, mais la conduite du Trotmobile n'en demeure pas moins inutilement alambiquée.

Et nous n'avons pas encore abordé l'une des grosses caractéristiques de Steambot Chronicles : l'importance accordée à la musique et au chant. Figurez-vous que Connie se trouve être la chanteuse des Garland GlobeTrotters, un groupe local qui connaît son petit succès. Alors pas question pour Vanilla de regarder de loin. Doté d'un harmonica au début du jeu, notre garçon a le sens du rythme et sera amené à prendre de l'importance au sein du groupe, et ce quel que soit son instrument de prédilection (trompette, batterie, piano, violon). L'intérêt de ce mini-jeu musical est que le tempo et les configurations de touches à suivre changent selon l'instrument. En dehors des représentations, il est même possible d'exercer son art un peu partout dans la rue, tel un saltimbanque, et profiter de la générosité du public. Pour cela, le jeu propose une demi-douzaine de chansons entre la pop et le slow.

En dépit de tout son charme, Steambot Chronicles n'était pas franchement un modèle de réalisation soignée ni d'optimisation (les temps de chargement font mal). Les joueurs qui préfèrent être pris par la main pour savoir toujours exactement quoi faire et où aller en sont pour leurs frais, tout comme les allergiques aux jeux lents. Mais tout cela reste la marque de l'anticonformisme précieux qui habitait Irem durant les dernières années de sa vie de développeur. Et je peux me tromper, mais je pense qu'un esprit libre comme Steambot Chronicles rencontrerait davantage de succès dans le paysage actuel qu'à l'époque de sa sortie. Alors, si jamais Granzella a la possibilité de faire autre chose que du R-Type avant qu'il ne soit trop tard...

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