Mémoire cash - Malgré ses efforts, Dino Crisis n'est jamais sorti de l'ombre de Resident Evil

Mémoire cash - Malgré ses efforts, Dino Crisis n'est jamais sorti de l'ombre de Resident Evil

Malgré ses efforts, Dino Crisis n'est jamais sorti de l'ombre de Resident Evil

J'ai vu une grosse bête

Malgré le succès de Resident Evil, jeu qui l'a fait entrer dans la légende, Shinji Mikami ne se voyait pas rester l'homme d'une seule franchise. Ainsi, bien que gardant un rôle de producteur sur Resident Evil 2 et Resident Evil 3 ce sont Hideki Kamiya et Kazuhiro Aoyama qui allaient piloter ces suites. Shinji Mikami, lui, avait repris les grandes lignes de la formule afin de proposer quelque chose de différent. Mais pas trop non plus.

Sorti sur PlayStation le 1er juillet 1999 au Japon, le 31 août 1999 aux États-Unis et le 1er octobre 1999 en Europe, Dino Crisis est donc la réponse de Shinji à Mikami, un défi lancé à soi-même visant à montrer qu'un autre Resident Evil était possible. D'ailleurs, si le terme de « Survival Horror » est apparu avec Resident Evil, Capcom avait attribué à Dino Crisis celui de « Panic Horror ». Une façon de dire que se faire courser par un T-Rex représente un type d'horreur différent de celui qui consiste à zigzaguer entre des morts-vivants apathiques (si on fait mine d'ignorer que le bestiaire de Resident Evil ne se limite pas aux zombies, en tout cas).

Pour mener à bien cette nouvelle franchise qui doit trouver sa place entre Resident Evil 2 et Resident Evil 3, Shinji Mikami est épaulé par trois principaux concepteurs : Shu Takumi (futur monsieur Ace Attorney), Kuniomi Matsushita (Okamiden) et Hiroyuki Kobayashi (déjà programmeur sur les deux premiers Resident Evil). Pas question de choisir son personnage, cette fois, tous les projecteurs sont braqués sur la jolie rousse Regina, membre d'un groupe d'intervention parachuté sur l'île Ibis pour exfiltrer le professeur Edward Kirk. Ce jeune scientifique, que l'on croyait mort dans une explosion quelques années plus tôt, travaillait sur une nouvelle source d'énergie avant que le gouvernement ne ferme les vannes du projet. En réalité, les recherches du savant fou ont surtout causé la naissance d'un portail temporel permettant aux créatures du jurassique de venir boulotter les braves gens du XXIe siècle (le jeu se passe en 2009).

Vous dites que vous avez un T-Rex ?

Vous avez forcément lu partout depuis plus de 25 ans que Dino Crisis est un « Resident Evil avec des dinosaures » et si cette formule peut sembler paresseuse, elle n'en reste pas moins difficilement contestable. Déjà, les déplacements de Regina sont similaires à ceux de Resident Evil, autrement dit des contrôles « tank » plus que déconcertants pour le joueur moderne et pas franchement appropriés dans le feu de l'action, malgré la présence d'un demi-tour rapide avec R2. Par contre, les environnements ne sont plus précalculés mais bien modélisés en 3D. Cela ne veut pas dire que le joueur a le moindre pouvoir sur la caméra, mais celle-ci n'est plus totalement fixe et peut donc se permettre quelques effets (ne serait-ce qu'un zoom de temps en temps). Sur ce point, Dino Crisis est un peu le précurseur de Resident Evil Code : Veronica.

L'autre grande similarité avec Resident Evil se trouve dans l'écriture et le jeu d'acteur d'une nanardise absolue. Mais autant le doublage intemporellement kitsch de Resident Evil peut passer pour le résultat d'un glorieux accident et d'un amateurisme propre à son temps, autant la nullité ambiante des cinématiques de Dino Crisis paraît forcée, si bien que l'argument du so bad it's good fonctionne déjà nettement moins. Il faut voir le détachement absurde avec lequel Regina sort son « That's disgusting » quand elle découvre son premier cadavre affreusement ouvert en deux. Dans Resident Evil, le côté nanard n'empêchait pas d'éprouver une réelle angoisse. Ici, l'atmosphère n'atteint pas le même sentiment d'oppression. Monotone, le centre de recherche n'a pas la dimension artistique du manoir Spencer, et aucun personnage ne marque les esprits, pas même la pauvre héroïne au nom de pizza jambon-champignons, qu'on nous laisse admirer à la troisième personne pendant les scènes d'ouverture de portes.

La gestion de l'inventaire n'est pas très différente de ce que Shinji Mikami avait fait dans Resident Evil. Il n'y a pas d'espace physique à gérer, mais l'inventaire est quand même limité et ne permet pas de porter toutes les munitions et objets de soin que l'on voudrait. Certains objets sont destinés à être mélangés afin d'améliorer l'efficacité des soins ou des munitions. On peut par exemple attribuer un effet anesthésiant ou empoisonné aux fléchettes. Les objets peuvent être déposés dans l'équivalent des coffres communicants de Resident Evil, à condition d'avoir trouvé un objet pour les débloquer. L'autre bon plan pour gagner de la place est de combiner les deux types d'objets de soin, ceux qui restaurent la santé et ceux qui stoppent les hémorragies (qui grignotent de la santé si elles ne sont pas soignées).

Un point intéressant sur lequel Dino Crisis se distingue est la présence d'embranchements dans le scénario. À plusieurs reprises au cours de l'histoire, Regina sera amenée à trancher entre suivre la stratégie du pragmatique Gail et celle du plus humaniste Rick. Selon son choix, le joueur sera alors dirigé vers un chemin plutôt qu'un autre, et ce sont aussi ces choix qui déterminent la fin du jeu. Qu'on se rassure, chacune de ces trois fins implique un combat contre le T-Rex et une fuite de l'île à bord d'une embarcation ou d'un hélicoptère, pendant que le soleil levant réchauffe notre âme victorieuse de ses rayons. Dino Crisis s'efforce aussi d'apporter sa propre patte jusque dans le système d'ouverture des portes. Au lieu des sempiternelles clés, le système de déverrouillage des portes consiste à trouver deux disques et à effectuer une sorte de soustraction alphabétique pour trouver le mot de passe. Plus généralement, le jeu propose un lot d'énigmes plus travaillées que celles auxquelles étaient confrontées Chris, Jill, Leon et Claire.

La patte de l'expert

On ressent bien, en jouant à Dino Crisis, tous les petits efforts qui ont été faits pour qu'on ne puisse pas dire de lui qu'il n'est qu'un « Resident Evil avec des dinosaures ». D'ailleurs, être comparé sans cesse à Resident Evil n'est pas franchement une insulte. Mais de façon générale, la question qui ressort quand on explore Dino Crisis c'est « qu'est ce que ce jeu fait de mieux que Resident Evil, en fait ? ». Et c'est là que ça se complique. Même dans la culture populaire, Resident Evil a rapidement su dépasser la somme de ses inspirations culturelles au point de devenir plus populaire que n'importe quel film de Romero. En revanche, si on parle de la place des dinosaures dans la fiction, personne ne citera Dino Crisis avant Jurassic Park.

D'ailleurs, combattre des dinosaures ne s'avère pas aussi palpitant que prévu. Sans remettre en cause l'efficacité des jump scare à l'époque de la sortie du jeu, les gros lézards apparaissent amorphes et se laissent tranquillement tirer dessus. En mode facile, trois ou cinq balles de l'arme de base suffisent en général à abattre un Vélociraptor. Et heureusement, car même si elle peut dégainer son arme tout en marchant, Regina n'est en rien plus habile qu'une Jill de 1996 et n'aurait de toute façon aucun moyen de lutter contre des ennemis trop rapides et agressifs. Le meilleur moyen de se démarquer de Resident Evil n'était-il pas d'approfondir la jouabilité en donnant des capacités supplémentaires à l'héroïne ?

Avec 2,4 millions d'exemplaires vendus, Dino Crisis fut un succès, certes loin d'égaler celui de Resident Evil, mais le jeu a su garder un fanclub étonnamment actif au fil des générations. Sa suite bien plus portée sur l'action (voire l'arcade) sortie en 2000 fera cependant deux fois moins bien (1,2 million), tandis que Dino Crisis 3... Non, en fait, Dino Crisis 3 n'a jamais existé. N'insistez pas.

Dino Crisis est aujourd'hui disponible sur Steam et GOG, mais aussi dans la gamme des classiques du PlayStation Store avec un lissage visuel, une fonction de rembobinage, une sauvegarde rapide et le choix de la version NTSC / PAL.

← Gaming