
Plus de 20 ans en arrière, Ys : The Oath in Felghana redonnait à YS III ses lettres de noblesse
Voilà un exemple de remake qui a du sens
Rendez-vous compte : Ys III ne devait même pas exister. Ou plutôt, ce qu'il serait plus correct de dire, c'est qu'il ne devait pas être Ys III tel qu'on l'a connu. Des années plus tard, pourtant, sa nouvelle version complètement retravaillée The Oath in Felghana est une des tentatives les plus marquantes de la série, et l'une des transitions les plus marquantes de la licence vers ce qu'elle est devenue aujourd'hui. Plus de 20 ans plus tard, on revient à la fois sur l'histoire de Ys III et de sa réinvention sur PS2, jusqu'à son passage sur consoles modernes il y a quelques années.
Originellement, Ys III commence sa vie comme un projet indépendant chez Falcom, à savoir un jeu d'action scrolling latéral sans lien avec la série. Puis, quelque part en cours de développement, les équipes décident de greffer un sprite d'Adol Christin dans l'aventure et de l'intégrer à la franchise. Le projet est né, et si le jeu est d'abord considéré comme un spin-off, baptisé Wanderers from Ys, des versions ultérieures lui accordent ensuite le statut d'épisode numéroté à part entière. Cette hésitation originelle dit déjà quelque chose sur ce qu'est Ys III : il s'agit un objet à part dans une série qui n'avait jusqu'alors pas véritablement hésité sur son identité, mais qui a été contrainte par la force des choses.
Ys III, c'est surtout le poids historique
Ys III sort en 1989 sur PC-8801 et PC-9801 au Japon, suivi de versions MSX2 et X68000. En 1991, il s'exporte sur console (TurboGrafx-CD, Famicom, Super NES, Mega Drive). Ce sont ces versions console, toutes sorties en Amérique du Nord, qui feront de Ys III le jeu le plus connu de la série en occident pendant des années, les deux premiers épisodes étant restés cantonnés à des plateformes moins populaires. C'est d'ailleurs quelque peu ironique : le moins représentatif des premiers Ys est celui que la plupart des joueurs occidentaux ont connu en premier.
Car oui, la rupture avec les deux premiers épisodes est réelle. Les Ys originaux utilisaient une perspective vue du dessus et un système de combat par collision : Adol éliminait les ennemis en les percutant de côté. Ys III passe à la vue latérale et introduit des attaques directes à l'épée : maintenir le bouton d'attaque provoque des enchaînements rapides, et Adol peut poignarder vers le haut ou vers le bas à la façon d'un Zelda II. Pour l'époque, sur PC-8801 et PC-9801, c'est une prouesse technique pour la simple et bonne raison que le jeu implémente des décors à défilement parallaxe, ce qui était remarquable pour le matériel de l'époque. Bien évidemment, sur les portages console, l'effet est bien moins impressionnant : les scrollings parallaxes étaient monnaie courante sur 16 bits. Reste que Ys III avait un nombre incalculable de défauts, que même le charme de l'aventure ne savaient combler : vous aviez là une physique de saut hasardeuse, une quasi-absence d'invincibilité après un coup reçu, une durée de vie anémique (le jeu se boucle en trois ou quatre heures) et une linéarité un peu excessive. Il n'y a qu'une ville, quelques embranchements, et une carte écran qui fait office de monde ouvert. Alors Ys III n'était pas un mauvais jeu, surtout pour l'époque. Mais il méritait bien une petite revisite.
The Oath in Felghana, pour soutenir la légende
C'est donc en 2005 que deux remakes sortent simultanément : Taito produit un portage PS2 fidèle à l'original, avec des sprites 2D remis à jour fonctionnel, mais franchement dispensable. Falcom, de son côté, fait quelque chose de beaucoup plus ambitieux. Ys : The Oath in Felghana n'est pas un portage ni même un remake au sens habituel : c'est un jeu entièrement nouveau qui utilise le moteur de Ys VI : The Ark of Napishtim pour reconstruire Ys III de zéro. Gameplay, graphismes, son, scénario, atmosphère : tout est revu et amplifié. Par ailleurs, le jeu passe des sprites en 2D sur des décors 3D avec une perspective légèrement aérienne. En parallèle, l'histoire est considérablement étoffée : de nombreux personnages secondaires sont ajoutés à la ville de Redmont, des sous-intrigues sont développées, et le scénario global gagne une cohérence et une profondeur qui manquaient sincèrement à l'original. The Oath in Felghana est d'ailleurs désormais l'épisode canonique dans la chronologie officielle de la série.
Et puis, au niveau du gameplay, plus rien à voir : le combat est nerveux, précis et exigeant. Adol dispose désormais de compétences magiques en plus de son épée, le tout s'enchaîne avec une fluidité inédite. Les boss sont des épreuves à part entière, et certains comptent même parmi les plus mémorables de la série. Avec tous ces ajouts, il faudra désormais une quinzaine d'heures pour terminer The Oath In Felghana, et malgré le fait d'avoir quintuplé sa durée de vie, le titre bénéficie d'un très bon rythme, d'ailleurs aidé par l'incroyable musique, retravaillée pour l'occasion. Les thèmes originaux de Ys III, déjà excellents, acquièrent par cette méthode une ampleur nouvelle, et le soin apporté à la bande-son (avec la possibilité, sur PSP puis sur les versions ultérieures, de basculer entre les musiques PC-88, X68000 et la version réarrangée) témoigne d'ailleurs du respect que Falcom porte à son propre patrimoine sonore. Et pour cause : c'est un des plus marquants de l'époque. Pour jouer à cet opus aujourd'hui, on vous conseille Ys Memoire : The Oath in Felghana (sur Switch et PlayStation), qui se base en réalité sur la version PSP, sorti ultérieurement (avec des portraits redessinés, des doublages complets et même un mode turbo).
Rejouer à Ys III aujourd'hui, c'est compliqué. Sa valeur réside dans son aspect historique, même si ses capacités ludiques ont sérieusement subi l'épreuve du temps. Heureusement, The Oath In Felghana est une parfaite alternative pour qui veut connaître toutes les aventures d'Adol sans avoir à souffrir des complexes de l'époque.
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