
Avec Furi, The Game Bakers gagnait reconnaissance et respect
Quand les Montpelliérains te cassent les reins
Fondé en 2010 à Montpellier, le studio The Game Bakers s'est fait les dents sur quelques jeux mobiles avant de faire le grand saut sur les plateformes de salon avec Furi. C'était le 5 juillet 2016 et, punaise, que c'était bien.
Comme l'avait révélé Audrey Leprince, la cofondatrice de The Game Bakers, un tiers du budget de développement de Furi avait été couvert par Sony Interactive Entertainment à travers un partenariat PlayStation Plus. Sorti il y a 10 ans sur PS4 et PC, Furi est par la suite sorti sur PS5, Xbox Series et Switch. En septembre 2020, le studio avait annoncé le chiffre de plus de 700 000 exemplaires vendus, sans compter les 2,8 millions de téléchargements sur le PlayStation Plus.
On peut supposer que le jeu a depuis dépassé le million d'exemplaires vendus, mais ça nous semble encore trop peu au regard de ses qualités. Dix ans plus tard, même dans un paysage rempli de jeux hardcore et exigeants, Furi reste un monstre d'adrénaline doublé d'un exemple sur le plan mécanique. Furi est un boss rush, un jeu qui consiste à surmonter 10 puissants gardiens dans des duels en arène très différents les uns des autres. Ces duels ne sont entrecoupés que par des séquences de marche, durant lesquelles le protagoniste muet et sans nom traverse des paysages fantastiques et s'avance lentement vers sa prochaine victime, qu'un homme au masque de lapin nous présente en quelques mots pour faire monter la tension.
Pas mal non ? C'est français
Furi est d'abord un jeu intouchable sur le plan mécanique. Les combats, qui prennent régulièrement des allures de bullet hell, demandent de maîtriser en alternance les techniques au corps à corps ainsi que les options de tir, notamment les attaques chargées. Le protagoniste est doté d'une esquive en forme de dash dont le timing millimétré autorise les développeurs à générer des patterns de plus en plus ardus mais toujours lisibles grâce à des aplats de couleurs on ne peut plus flashy. Maîtriser la parade est tout aussi indispensable, d'autant qu'un blocage au tout dernier permet de restituer un peu de santé. Dans ces duels d'usure qui se développent toujours en plusieurs phases, tout devient alors question de patience et de timing pour faire chanceler l'ennemi et profiter de l'ouverture pour entamer sérieusement sa barre de vie.
Aucun combat ne ressemble à un autre, à cause des boss eux-mêmes évidemment, mais aussi de l'architecture des arènes. D'une confrontation à l'autre, les règles changent, les ennemis deviennent de plus en plus mobiles (le 2e gardien) ou alors leur système de défense devient de plus en plus complexe à percer (le 3e gardien). L'un des gardiens offre un vrai duel resserré sur un seul plan horizontal, alors que celui d'après est une course-poursuite façon parcours d'obstacles dans laquelle c'est bien le joueur qui joue le rôle du chasseur, face à une jeune gardienne désemparée.
Surmonter un boss dans Furi est évidemment un sentiment des plus satisfaisants, mais chaque victoire ne garantit jamais rien en ce qui concerne l'étape suivante, tant The Game Bakers a su concocter des défis variés d'une arène à l'autre. Ne cherchez pas d'arbre de compétences, de gain d'expérience ou d'armes à débloquer. Le seul système de progression ici, c'est votre système nerveux, votre persévérance, votre patience, votre concentration et votre abnégation.
Il y a du plaisir dans la douleur
Doublé en anglais et en français, Furi propose aussi un doublage japonais en honneur aux inspirations que les développeurs ont tirées des créateurs de l'archipel. Le studio a d'ailleurs pu travailler avec Takashi Okazaki (Afro Samurai) pour contribuer à la direction artistique hors du commun du jeu, dont l'optimisation au lancement laissait toutefois un peu à désirer.
On ne saurait louer les mérites de Furi sans parler de sa bande originale du feu de Dieu. Carpenter Brut, Lorn, Danger, Waveshaper, Kn1ght, Scattle ou encore The Toxic Avenger sont autant de noms de la synthwave venus offrir 19 créations originales au rêve fiévreux du studio montpelliérain. J'aurais du mal à choisir mon morceau préféré entre You're mine, You are the end et 8:02, qui accompagnent merveilleusement bien les septième et neuvième gardiens, ainsi que l'infernal boss final, respectivement.
Le directeur créatif Emeric Thoa s'était livré sur la philosophie de conception du jeu dans ce post-mortem. En voici quelques extraits :
« Chaque décision dans Furi a été prise dans le but de le rendre mémorable pour une niche de joueurs qui était un peu laissée pour compte : les fans de jeux d'action de type character action game à la japonaise. Chaque décision a été prise pour rendre le jeu exceptionnel, unique et ciblé. Pas de compromis. Pas de consensus. Nous avons développé un jeu pour un public de niche, mais avec l'intention d'envoûter nos fans pour toujours. »
« Les gens disent que le jeu est difficile. Je dirais plutôt qu'il vient d'une autre époque. Il est anachronique. Il demande de la patience (ce qui n'est clairement pas une qualité à la mode) et c'est un jeu basé sur la contre-attaque (un jeu où l'on attend et où l'on punit, au lieu d'attaquer agressivement à coup de combos comme dans la plupart des jeux des années 2000 à aujourd'hui). »
« Mais les joueurs persévérants s'amélioreront à chaque partie. Furi est comme une guitare et chaque combat de boss est comme une partition. Vous commencez à jouer et vous êtes nul, mais vous vous améliorez après chaque entraînement. Tout le monde n'est pas prêt à faire cet effort, mais cela rend la victoire extrêmement gratifiante lorsque vous battez enfin un boss. Cette satisfaction est d'ailleurs proportionnelle à l'effort que vous avez investi dans le combat. Pour générer une satisfaction intense, il faut exiger des efforts. »