
Après l'annonce de la fin du physique sur Playstation : prolifération des pétitions pour sauver les disques
Let's Get Physical
Face à l'annonce de l'arrêt de la production de disques PlayStation d'ici janvier 2028, la résistance s'organise activement au sein de la communauté. Menée par une pétition américaine franchissant les 100 000 signatures en seulement quatre jours (et pas mal d'autres initiatives locales), la fronde contre le tout-numérique prend de l'ampleur.
C’est le séisme qui secoue l’industrie depuis les révélations officielles du 1er juillet dernier. En actant la mise à mort programmée de ses éditions physiques pour le début de l'année 2028, Sony Interactive Entertainment a déclenché un incendie numérique d'une violence rare. Si la firme nippone s'est immédiatement murée dans un silence radio calculé (confortée par une hausse du cours de son action, et sans doute par les applaudissements des actionnaires), les joueurs et les professionnels du secteur ont décidé de porter le combat sur le terrain de la mobilisation citoyenne.
110 000 signatures à ce jour : la fronde s'organise
Initiée par un représentant de la plateforme de vente canadienne PnP Games, la pétition principale intitulée « Don’t Kill the Disc » a brisé tous les compteurs de la plateforme Change.org. En l'espace de 96 heures, plus de 100 000 personnes ont apposé leur signature pour fustiger la décision de l'éditeur. Fait rare qui témoigne de l'implication des joueurs, près de 5 % des signataires ne se sont pas contentés d'un simple clic, prenant le temps de laisser un commentaire écrit ou un témoignage vidéo pour appuyer leur démarche. Plusieurs initiatives similaires ont également fleuri en Europe (dont quatre en France qui ont recueilli au total près de 12 000 signatures), confirmant un rejet transfrontalier de cette transition forcée.
Les arguments avancés par les défenseurs du support physique résonnent comme un plaidoyer pour la protection du consommateur. Pour les protestataires, le disque reste le seul garant d'une véritable propriété, permettant de prêter, collectionner, revendre ou léguer un jeu à ses proches. À l'inverse, le passage obligatoire au dématérialisé transforme l'achat en une simple licence d'accès temporaire et révocable, de récentes affaires ayant déjà prouvé que des films ou des jeux pouvaient être unilatéralement supprimés des bibliothèques numériques par les éditeurs. Au-delà de la préservation culturelle du jeu vidéo, la pétition rappelle que la fin de la galette menace directement des milliers d'emplois à travers toute la chaîne logistique, des grossistes jusqu'aux boutiques spécialisées.
L'historique de la marque s'invite d'ailleurs dans le débat pour souligner le cynisme de la manœuvre. Les organisateurs n'ont pas manqué de rappeler la célèbre promesse formulée par Sony lors de l'E3 2013. À l'époque, pour torpiller la stratégie de Microsoft et de sa Xbox One, PlayStation avait basé toute sa communication sur la liberté absolue d'échanger et de conserver ses jeux physiques « pour toujours ». Treize ans plus tard, le rétropédalage idéologique laisse un sérieux goût de bile chez les fidèles de la marque.
Il y a cependant peu de chances que cette démonstration de force populaire fasse dévier la trajectoire de Sony Interactive Entertainment. Une décision d'une telle envergure structurelle est le fruit de longs mois de planification financière et d'analyses de tendances de marché. Les cadres de Tokyo avaient sans aucun doute anticipé ce retour de flamme et choisi d'encaisser la tempête en faisant le dos rond. Reste à savoir si le mécontentement se traduira par un boycott concret de la future console (on y croit moyen) ou si la commodité du téléchargement finira par étouffer la révolte, comme l'industrie en a trop souvent l'habitude.