
Bloody Roar incarne tout ce que j'aime et tout ce que je déteste dans un jeu de baston
Mad Max Furry Road
En juillet 1997 (au Japon), Hudson Soft et Eighting balançaient Beastorizer (un nom digne d'un film de Roger Corman) dans les salles d'arcade japonaises, un titre rapidement rebaptisé Bloody Roar pour sa sortie sur PlayStation en novembre de la même année (et en janvier 98 en France). Le concept consiste en un jeu de baston 3D, dans lequel on a injecté une bonne dose de lycanthropie et qui invite des humains à s'éventrer joyeusement sous forme de loups, de tigres ou de lapins psychotiques. Ce monument de l'ère 32-bits incarne à lui seul tout ce que j'aime et tout ce que je déteste dans un jeu de baston.
Ce que j'aime : l'extase de la baston décérébrée
À l'époque de Tekken 2 et de Virtua Fighter, la baston 3D se prenait parfois un peu trop au sérieux avec ses frappes millimétrées et son rigorisme de moine shaolin. Bloody Roar est arrivé en braillant comme un putois en rut, en posant une règle d'or d'une générosité folle : celle du culte du bouton Rond. Dès que votre jauge de Beast était pleine, presser cette touche déclenchait une explosion de frames d'invulnérabilité capable d'interrompre le combo du mec d'en face, et métamorphosait votre combattant en une bête de foire sous stéroïdes.
Et rien n'était plus jubilatoire. Devenir un loup-garou avec Yugo ou un tigre adepte du kung-fu avec Long ne changeait pas seulement votre aspect, mais modifiait profondément l'inertie du personnage, augmentait votre poids, régénérait un bout de votre barre de vie et débloquait des chaînes de combos d'une agressivité hystérique. Et si vous étiez d'humeur sadique, une deuxième pression activait le Rave Mode : une jauge qui fondait à vue d'œil mais annulait tout temps de récupération entre vos coups, vous transformant en un hachoir à viande ambulant. Pour couronner le tout, le jeu gérait les Ring Outs avec une violence incroyable. Propulser son adversaire à travers les grillages de l'arène pour sceller le match d'un grand coup de patte de gorille restera l'un des plaisirs coupables les plus parfaits des années 90.
Ce que je déteste : l'empire du pif
Mais voilà, dès qu’on range l’adrénaline au placard pour regarder sous le capot, le vernis s’écaille par plaques. Si j’aime sa folie, je déteste la paresse crasse de ses mécaniques dès qu'on cherche la moindre finesse. Bloody Roar n'est pas un jeu de skill, c'est un simulateur de broyage de boutons où le pif est élevé au rang d'art. L'équilibre général a été pensé par un développeur sous acide : les hitboxes sont parfois lunaires, les combos infinis pullulent et le système de tracking est tellement aux fraises qu'on se retrouve régulièrement bloqué le dos tourné à l'adversaire, incapable de pivoter pendant qu'Alice le lapin rose nous piétine la rate avec ses grands panards.
Bloody Roar souffre aussi du grand catalogue des clichés du genre avec son mode histoire écrit sur un ticket de métro et ses fins qui n'ont strictement aucun sens. Et en termes de contenu solo, le titre nous condamnait à tourner en rond après avoir testé les huit malheureux combattants du roster. Heureusement qu'il y avait les mercredis après-midi entre potes pour faire durer la baston. Mais le véritable crime contre l'humanité de ce premier volet reste sa bande-son. Une compilation de techno-acid japonaise dégueulasse et de guitares MIDI frelatées qui vous vrillent le tympan en moins de deux rounds, au point de vous forcer à couper le son de la télé pour ne pas finir interné à l'asile.
Aujourd'hui, la licence dort dans les cales poussiéreuses de Konami (qui a racheté Hudson Soft pour mieux y laisser moisir ses licences), après un quatrième épisode immonde (sorti en 2003...) qui a achevé la bête d'une balle dans la nuque. Je garde de Bloody Roar un souvenir schizophrène : celui d'un jeu techniquement bancal et saoulant en solitaire, mais un foudre de guerre absolu pour animer les soirées pizzas entre potes qui voulaient juste voir un renard faire des souplesses arrière à un sanglier. Est-ce qu'il y a quelque chose de meilleur ? Je ne crois pas.
Hudson Soft
Hudson Soft
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