Mémoire cash - Final Fantasy IX a 26 ans et toujours pas de remake

Mémoire cash - Final Fantasy IX a 26 ans et toujours pas de remake

Final Fantasy IX a 26 ans et toujours pas de remake

Et les rumeurs continuent de courir

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Sorti en 2000, coincé entre deux époques et trois crises existentielles, Final Fantasy IX s’est longtemps trimballé l’étiquette du "retour aux sources" – comprendre : un JRPG médiéval dans un monde qui s’apprêtait à lancer des missiles nucléaires en full FMV. Vingt-cinq ans plus tard, on revient sur l’épisode qui rend hommage à son héritage tout en étant bien plus que ça, alors que le spectre d'un remake rôde dans l'air.

En 1999, Square sort de Final Fantasy VIII, trip expérimental sous Lexomil (on n'a jamais trop aimé FF VIII, pardon...), et prépare déjà la migration vers la PS2 avec Final Fantasy X. Entre les deux, Sakaguchi veut revenir à l’essence : château, mages noirs, grenouilles qui gobent des mouches dans les marais. Mais Final Fantasy IX ne se contente pas simplement de revenir aux bases : il interroge ses propres origines. Sans être barbant, FFIX, c’est l’épisode de la question. Pas celle des cristaux ou du sens de la guerre ; non, une question plus intime : "Qui suis-je, et pourquoi suis-je ?". Elle traverse toute l’écriture du jeu : notre héros, Djidane, découvre qu’il n’est pas né, mais "créé". Bibi apprend qu’il a une date de péremption. Kuja, lui, sait qu’il va mourir, et que son existence est une erreur de plan. Il n'y a pas ici de grand méchant à abattre pour sauver le monde (pas réellement, du moins), mais plutôt des êtres confrontés à l'absurdité de leur propre existence face à la mort. Et en cela, la narration de Final Fantasy IX est une allégorie de la licence elle-même à cette époque : qui sommes-nous ? Comment continuer d'exister ?

Pas aujourd'hui, pas après tout ce que tu as fait

Bibi, puisque l'on a parlé de lui, est un des personnages les plus marquants de la série, notamment par sa concision (son arc entier sur la mort, l'identité et le sens de l'existence ne tient qu'en quelques répliques). Il incarne ce qu'est FFIX : un conte mélancolique sans vainqueur ni vaincu, même dans sa place dans l'histoire. Son destin est tragique, silencieux aussi. Il ne le changera pas, alors il le contemple. C'est une forme d'existentialisme passif, mais pas moins lucide pour autant : face à sa mort prématurée et inévitable, il décide de tirer le meilleur de sa vie pendant qu'il le peut. Voilà qui tranche directement avec Djidane : ce dernier n’a pas été programmé pour être un héros. Il a été fabriqué pour conquérir, tuer et remplacer. Et pourtant, le petit homme avec une queue de singe choisit de faire le contraire. Son libre arbitre n’est pas immédiat : c’est un effort, une lutte intérieure, un acte de rupture.

Et puis évidemment, il y a Kuja. L’antagoniste de FFIX est sans doute l'un des plus ancrés dans la philosophie de la série. Il apprend qu’il n’est pas l’élu, mais un prototype, une sorte d'être de transition voué à disparaître. Sa réaction n’est pas de l’accepter, c’est de nier le monde (s’il meurt, alors tout doit mourir avec lui). C’est le nihilisme pur, mais maquillé en théâtre baroque. Kuja ne veut pas tuer parce qu’il est méchant - il tue parce qu’il ne supporte pas de ne pas compter. Parce que s’il n’a pas d’essence, alors l’existence elle-même n’a pas de valeur. La logique existentialiste poussée au maximum, en somme. Ainsi, si Final Fantasy IX aurait pu n’être qu’un hommage kitsch, il est bien plus que ça. Il ose la douceur dans la lucidité, un existentialisme sans désespoir, une invitation à choisir d’être plutôt que de subir. Et en parallèle, le jeu n'apprend pas au joueur à gagner, il lui apprend juste à accepter d'être là.

"La seule chose fiable à propos de l'avenir est l'incertitude"

Trop souvent oublié lorsque l'on fait une rétrospective des "meilleurs Final Fantasy", il a longtemps pêché aux yeux des amateurs par son ambition de gameplay. L'idée, encore une fois, était de revenir aux fondamentaux. Apprentissage de compétences sur l’équipement, sorts assignés à des classes, aucune vraie liberté de build, c'est rigide, lent et parfois punitif, ce qui explique en partie son désamour par beaucoup. Mais cette raideur même est aussi un choix : le joueur est appelé à adapter son groupe, comme une troupe de théâtre, plutôt que de casser le rythme de la représentation à coups de Limit Breaks. On se plait à s'ajuster, et non pas à enchaîner les ruptures. Et, comme le joueur est désormais metteur en scène, Square ajoute un nouveau système, les événements actifs (ATE pour les intimes). Ce dernier, longtemps considéré comme un simple gimmick, permet en réalité d'offrir au joueur les rôles d'acteur et de spectateur de la représentation qu'il a sous les yeux, en suivant plusieurs personnages en parallèle. Mine de rien, l'ATE leur donne du corps, de la prestance, et leur permet de se façonner une personnalité forte. Et c'est peut-être en partie pour cela que leur histoire reste si forte aujourd'hui.

Mais alors, puisqu'on est ici, 26 ans plus tard, comment on joue à Final Fantasy IX si l'on n'a pas une PlayStation qui traîne chez soi ? Les solutions sont finalement assez nombreuses. Pour peu que vous n'ayez pas d'aversion envers le support mobile, le jeu est disponible sur iOS et Android depuis 2016. D'ailleurs, depuis la même année, il est aussi possible de le retrouver sur Steam. Il est aussi accessible sur PS4, et depuis 2019 sur Nintendo Switch et Xbox One. Et puis évidemment, il y a ce fameux potentiel remake, que beaucoup attendent. Cela fait des années maintenant que des rumeurs traînent sur un tel projet. Mais le faut-il vraiment ? FFIX est un adieu. Une lettre d’amour à ce qu’était la saga, et à ce qu’elle ne serait plus. Revenir dessus, c’est prendre le risque de trahir ce que le jeu affirmait alors : pour mlieux avancer, il faut parfois accepter ce qu’on a été, sans trop regarder dans le rétroviseur.

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