
Project Phoenix : 13 ans après le scandale de son financement participatif, son créateur annonce une sortie d'ici 2031
Rise like a Phoenix
En 2013, Project Phoenix incarnait tout ce que le financement participatif pouvait offrir de plus enthousiasmant, avant de devenir l'exact opposé. Alors présenté comme "le premier projet de jeu vidéo japonais sur Kickstarter", le JRPG mêlant RPG et stratégie en temps réel avait récolté plus d'un million de dollars auprès de 15 800 contributeurs en moins d'un mois, porté par la présence au générique de Nobuo Uematsu et le soutien de vétérans de l'industrie des deux côtés du Pacifique. Treize ans plus tard, le projet est finalement devenu l'un des symboles les plus cités des dérives du crowdfunding vidéoludique. Son créateur, Hiroaki Yura, a enfin décidé de prendre la parole, et de donner des nouvelles.
Dans un (très long) entretien accordé à VGC, Yura assume clairement la responsabilité de l'échec (comment pourrait-il en être autrement, après tout ?). "C'était mon erreur. J'ai surestimé ma capacité à livrer un projet" commence-t-il. Et puisqu'il prend la parole pour la première fois depuis des années, Yura revient sur les instants les plus marquants du projet depuis sa génèse. Le premier coup dur est venu d'un programmeur prometteur identifié comme David Clark, un développeur britannique qui avait verbalement promis de rejoindre Phoenix à la fin de son projet en cours, à savoir Ori & The Blind Forest. Or, quand le jeu de Moon Studios s'est révélé être un succès pour Xbox, Clark a accepté de rester pour la suite, et le Project Phoenix s'est retrouvé sans son pilier technique, avec un budget pensé autour d'un accord en dessous des prix du marché qui s'est effondré du même coup. "C'était la plus grande erreur que j'ai faite à cette époque, parce qu'il était un génie. Il était si bon dans ce qu'il faisait, et c'était impossible à remplacer" indique Yura. In fine, le budget réel s'est avéré bien inférieur aux apparences : après les commissions de Kickstarter, les cartes déclinées et les récompenses physiques, il ne restait qu'environ 800 000 dollars sur le million annoncé, ce qui était déjà insuffisant pour les ambitions affichées.
La crise suivante est venue de la décision de Yura de lancer en 2016 un autre jeu, Tiny Metal, pour renflouer les caisses et maintenir Project Phoenix en vie. Sauf que dès le moment où il a été révélé que Yura était derrière le projet, Tiny Metal s'est attiré la fureur des soutiens de la campagne antérieure, d'autant qu'un ancien employé, Tariq Lacy, a publiquement accusé Yura d'avoir utilisé les fonds Kickstarter de Project Phoenix pour financer ce nouveau titre. Yura a finalement poursuivi Lacy en justice, ce dernier ayant ensuite fini par rétracter ses accusations dans le cadre d'un accord, reconnaissant publiquement que les allégations de détournement étaient fausses. De son côté, Yura affirme encore aujourd'hui que le développement de Tiny Metal a été financé par un groupe d'investisseurs privés à hauteur de 350 000 dollars, documents contractuels à l'appui. Néanmoins, le mal était fait : l'accusation avait déjà fait son chemin et en 2019, après des années de silence de plus en plus pesant et d'attaques personnelles croissantes en ligne, Yura a choisi de couper tous les canaux de communication. Encore une décision qu'il reconnaît aujourd'hui comme une erreur.
Phoenix Wrights his wrongs
Ce mois-ci, sept ans après la dernière mise à jour Kickstarter, Yura a publié une longue déclaration annonçant la reprise du développement. Il y joint une nouvelle composition orchestrale de Nobuo Uematsu (qui confirme à VGC l'avoir écrite "il y a quelque temps") ainsi qu'environ deux minutes de gameplay prototype "loin d'être terminé" (visibles ci-dessous), qu'il présente comme une démonstration de bonne foi plutôt qu'une promesse. Par ailleurs, l'équipe a évolué. Erasmus Brosdau, ancien artiste chez Crytek et récemment directeur de l'animation de l'anime Netflix Gundam : Requiem for Vengeance, travaille désormais sur le projet. Michael Chu, ancien scénariste d'Overwatch chez Blizzard, également. Yura affirme que la majeure partie de l'équipe originale est toujours présente (Uematsu, Go Takahashi, Koji Moriga), et qu'Area 35 emploie désormais plus de trente développeurs. Par ailleurs, tout le financement actuel provient du studio et non des fonds Kickstarter restants.
Mais alors, quand le projet arrivera-t-il à son terme ? La date avancée pour la sortie est 2031 au plus tard. "Au fond de moi, j'ai été forcé de prendre un engagement : je terminerai le développement d'ici fin 2031. Et je suis sérieux. Je ne pense pas pouvoir aller au-delà de 2031, parce que j'ai fait attendre tout le monde trop longtemps" s'engage-t-il. L'homme s'offre malgré tout cinq années supplémentaires pour aller jusqu'au bout de son projet initié il y a 13 ans, et qui pourrait donc mettre en tout et pour tout 18 ans pour voir le jour. Quant à ceux qui ont investi dans la campagne à l'époque, aucun remboursement n'est proposé à ce stade. Yura indique par ailleurs qu'il ne s'impliquera plus jamais dans une campagne Kickstarter. La méfiance des 15 800 backers originaux sera effectivement bien difficile à surmonter mais au moins, l'homme est sorti de son silence.
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