
Test : Assassin's Creed Black Flag Resynced : La vie de pirate a toujours du bon
La piraterie n'est jamais finie Testé pour PC, PlayStation 5 et Xbox Series X|SPar ,
Si l’on faisait abstraction du fiasco du remake de Prince of Persia : Les Sables du Temps, on aurait presque envie de dire qu’Ubisoft aura pris son temps avant de succomber à la mode des remakes. Alors que la machine Capcom est bien huilée (ne parlons pas de l'usine Falcom), l’éditeur français semblait hésitant à se lancer là-dedans, alors que les bilans financiers nous indiquent depuis déjà quelques années qu’un peu de fric facile ne lui ferait pas de mal. Avec Assassin’s Creed Black Flag Resynced, Ubi succombe enfin et c’est tant mieux.
Condition de test :
Test réalisé à partir d'un code PC fourni par l'éditeur
- PC
- PS5
- Xbox X|S
Qui serait le plus à même parmi les studios Ubisoft pour gérer ce projet de remake ? Celui de Singapour bien évidemment, qui a déjà bien sillonné les mers des Indes avec Skull & Bones. Oui, c’était un mauvais jeu, mais l’équipe a dû en tirer des tonnes d’enseignement pour offrir un joli ravalement de façade aux Caraïbes d’Assassin’s Creed Black Flag, aka le meilleur opus de la saga selon votre obsédé des pirates favori : moi-même. Black Flag Resynced, c’est avant tout plein de petites modifications et optimisations pour moderniser la formule classique des Assassin’s Creed sans la dénaturer.
L'Anvil transforme Black Flag
Déjà bien rodé à l’utilisation du moteur maison Anvil, Ubisoft Singapour nous permet de revisiter les Caraïbes de la plus belle des façons : débarrassées de ce filtre jaunâtre caractéristique des jeux vidéo des années 2010. Ça magnifie le bleu de la mer, ça rend les bâtiments des villes plus beaux et les séquences sous-marines sublimes. Les effets météo, que ça soit la lumière lorsque l’on explore la jungle ou en plein milieu d’une tempête en mer avec la foudre, parachèvent ce travail visuel. Le seul point noir à ce tableau, c’est la distance d’affichage qui laisse parfois à désirer.
Ça se ressentira surtout lorsque l’on dégaine sa longue-vue à bord de notre navire, mais on pourra aussi le constater à l'œil nu en haute mer. Que ça soit pour regarder une île ou chercher un bateau à piller, l’affichage a souvent du mal à afficher les textures proprement avant de s’en approcher suffisamment. Rien de bien méchant en soi, mais un constat suffisamment régulier pour être notifié. Cela étant dit, ce Assassin’s Creed Black Flag Resynced n’a pas à rougir de ses performances techniques et pose définitivement l’Anvil comme une pièce maîtresse pour Ubisoft.
Rhum réarrangé
Au-delà de son enrobage visuel, jouer à Assassin’s Creed Black Flag Resynced, c’est aussi ressentir le doux goût de la nostalgie. La nostalgie d’une époque où tout était plus simple dans nos vies, mais aussi dans cette licence, qui ne s’embarrassait pas encore de tout cet enrobage RPG, avec ses changements d’équipement constants et ses ennemis sacs à points de vie. Ici, un golgoth va mourir d’un coup de lame secrète comme tout le monde et mis à part certains hauts gradés capables de contrer nos coups, tout le monde est logé à la même enseigne. Assassin’s Creed Mirage avait déjà remis un pied dans cette structure de gameplay certes, mais Black Flag étant beaucoup plus porté vers le combat direct, les sensations ne sont pas les mêmes.
Surtout qu’Ubisoft Singapour ne s’est pas contenté de tout recracher sans y apporter une solide modernisation, le plus gros morceau étant un système de parades parfaites. Oui, ça n’a rien de révolutionnaire, mais ça dynamise bien l’ensemble en rendant les ennemis plus vifs dans leurs esquives pour compenser le fait que l’on va pouvoir les tuer rapidement après une parade, qui se veut tout même très généreuse sur sa fenêtre. Fatalement, ça facilite beaucoup les combats et le mode de difficulté normal va nous donner un sentiment de surpuissance. De ce fait, on se retrouve malgré tout partagé sur notre ressenti global, faisant de chaque combat quelque chose plus dynamique, mais aussi plus conforme. Et ce n'est pas le fait que le grappin, déjà présent dans le jeu de base, se débloque bien plus tôt et offre des possibilités plus larges en combat et en infiltration qui va y changer quelque chose.
De façon générale, on sent encore une fois que le studio profite clairement des avancées faites sur Anvil pour appliquer un certain nombre d’améliorations arrivées avec Assassin’s Creed Shadows dans ce remake. Le parkour gagne en fluidité avec des sauts manuels et des changements de direction mieux gérés, et la visibilité des ennemis en infiltration va dépendre de la météo et du cycle jour/nuit. Bon, on a aussi droit à quelques médaillons et armes avec leurs stats et leurs effets, mais on va globalement passer beaucoup moins de temps dans l’inventaire que dans un Assassin’s Creed moderne.
You can go your Kenway
Côté scénario, le studio n’avait pas vraiment besoin de changer énormément de choses. AC Black Flag était déjà une excellente “pirate fantasy” qui nous faisait croiser la route de tous les plus grands criminels de cette époque et mettait très bien en scène la fin de cet âge d’or de la piraterie. Plus que le scénario en lui-même, j’avais oublié à quel point le parcours d’Edward Kenway était juste, du petit gallois convaincu que la piraterie serait sa porte vers la richesse, avec son égoïsme crasse et ses penchants pour la bouteille, au capitaine pirate prenant ses responsabilités en pleine extinction de ce mode de vie un peu trop libre au goût de la couronne d'Angleterre.
Pour autant, Ubisoft Singapour a apporté pas mal de nouveautés de ce côté-là aussi avec des missions pour recruter trois officiers sur notre navire, qui ne sont pas inintéressantes, et donnent surtout un peu plus d’âme à notre équipage, qui n’était pas vraiment personnifié dans le jeu de base en dehors de notre second Adéwalé. On va également avoir droit à quelques petites quêtes très sympas, comme celle qui nous fait partir à la recherche du trésor de Barbe-Noire et une pléthore de petites activités supplémentaires que je ne détaillerai pas ici. Attention, c'est pas transcendant, mais on apprécie ce contenu en plus. Le plus gros morceau restant l’ajout d’un chapitre entier à la fin de ce qui était l’histoire principale dans le jeu de base. Pas de spoilers, mais sachez que ce gros épilogue s’intègre plutôt bien dans l’ensemble et ne donne pas l’impression d’avoir été rentré au forceps.
Enfin, il semble important d’aborder les séquences hors de l’Animus du jeu de base, qui ont bien évidemment été virées sans aucune forme de pitié. Faisant partie des quelques irréductibles qui étaient attachés « au présent », j’ai fait mon deuil depuis déjà des années sur le fait qu’Ubisoft ait totalement abandonné cette dimension de la licence. Aucune surprise donc à voir ces sections du jeu de base disparaître. On pourra se consoler avec l’ajout des failles de l’Animus, des niveaux conceptuels qui nous font vivre des “What If” comme par exemple : et si Edward était vraiment rentré au pays de Galles pour retrouver sa promise après deux ans comme il l’avait promis ? Un honnête paliatif à cette suppression sans être ultra indispensable pour autant.
Souquez les artimuses
L’exploration, que ça soit sur terre ou à bord du Jackdaw, était forcément une part primordiale du jeu de base. Là encore, Ubi Singapour effectue beaucoup de changements discrets. Par ici une zone sous-marine qui a été totalement repensée, par là une nouvelle île à explorer. De façon générale, beaucoup d’îles ont vu leur nombre de coffres à trouver réduits, dans une volonté de nous vomir moins d’icônes au visage dans tous les sens, comme pouvait le faire l’original, en tant que jeu des années 2010 qui se respecte. Ça reste un sacré investissement d’aller chercher le 100%, mais c’est nettement moins rébarbatif que le jeu de base.
Les explorations d’épaves restent toujours mon activité préférée, et la pêche en haute mer et le massacre de pauvres baleines, orques et requins me chagrinent beaucoup plus que lorsque j’étais un ado. Si le Jackdaw n’a pas connu de révolutions dans ce remake, Ubi Singapour a tout même incorporé des tirs secondaires (à débloquer bien sûr) sur tout notre arsenal, directement issus du développement de Skull & Bones. Que ça soit pour attaquer un petit navire marchand, un gigantesque Man ‘o War ou un fort sur la côte, les batailles navales restent un point fort de Black Flag. Surtout qu’on a maintenant Radio Shanties (ndrl : pas le vrai nom en jeu) à disposition qui nous permet de choisir quel chant marin on veut entendre quand on se balade. Pouvoir faire tourner en boucle Drunken Sailor et Old Billy Riley, c’est une certaine idée du bonheur.
ils ont changé la recette, pirates
Que penser de ce remake au final puisque j’ai essentiellement fait de l’énumération jusqu’à présent ? Ubisoft a fait le bon choix en abordant ce remake comme quelque chose qui devait faire l’objet de tonnes d’améliorations discrètes. Si vous n’avez pas le jeu original en tête, vous vous demanderez souvent ce qui était dans le jeu de base et ce qui ne l’était pas, tant l’ensemble est cohérent. L’équilibre entre la modernisation et la conservation de cette formule d’un autre temps se tient bien et permet à Black Flag de rester la même superbe aventure de piraterie en lui donnant un ravalement de façade visuel évidemment, mais aussi à travers une multitude de petites choses.
Pour autant, certains angles morts se dessinent et en premier lieu la sempiternelle gestion de l’IA lors de l’infiltration. À quoi bon avoir des ennemis alertes qui nous repèrent quand on tue quelqu’un si on peut attirer cinq soldats d’affilée au même endroit pour les tuer dans le même buisson les uns après les autres ? Un souci récurrent chez AC auquel ce remake n’échappe pas. On pourra également citer l’amélioration de notre petit village sur Great Inagua, qui n’a pas beaucoup gagné en intérêt, surtout lorsque l’on doit choisir entre ça et améliorer notre navire. Est-ce qu’il aurait été intéressant de revoir la gestion de la flotte pour en faire quelque chose de plus captivant qu’un simple outil de farming ? Peut-être.
Est-ce qu’on aurait aimé que le système de réputation, qui fait que l’on sera attaqué par des chasseurs de pirates en mer, ait son penchant sur terre pour éviter qu’on puisse faire des massacres en pleine rue sans être inquiété ? Évidemment, surtout quand ces mécaniques ont déjà existé dans la licence et que ça aurait été plaisant en tant que pirate d’arracher des avis de recherche. De la même façon qu’on sent que plein de petites choses ont été ajoutées pour moderniser l’expérience globale, on sent aussi qu’il y a plein de petits détails qui ont été négligés ou oubliés. Ça reste malgré tout une solide proposition, surtout pour ceux n'ayant jamais joué à Black Flag et qui vont le découvrir pour la première fois avec Resynced.