
Outlaw Volleyball, le jeu médiocre qui devait faire perdurer l'esprit de la génération MTV
Quand la musique est bonne
Outlaw Volleyball était un jeu franchement oubliable. Et pourtant, nous voilà réuni pour célébrer son 23e anniversaire. Quelle hérésie, n'est-ce pas ? Et bien pas vraiment. Car derrière ce médiocre jeu se cache une convergence des arts nouvelle pour l'époque : celle entre la musique underground à la MTV et les jeux vidéo.
Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. Un temps où Hypnotix était en vie. Ce studio basé à Manhattan a un catalogue long comme le bras, avec des jeux divers et variés. Il a notamment commencé avec des shooter comme Wetlands ou Soldier Boyz, avant de très rapidement prendre un ton un peu plus décalé, parodique. Des jeux comme Deer & Boy ou Who Wants to Beat Up a Millionaire l’ont aidé à imposer cette patte bien à lui, qui a peu à peu permis au studio de se rapprocher d’un monument tout aussi irrévérencieux : MTV. Ainsi, en 2000, c’est Hypnotix qui va développer et sortir le jeu inspiré de la série animée made in MTV Daria. C’est alors le début d’une longue collaboration qui coule de source. Outre un goût partagé pour le sarcasme, les deux entités sont toutes les deux liées à Viacom. MTV car elle est sa maison-mère, Hypnotix car elle est celle de son éditeur privilégié, Simon & Schuster Interactive. Forcément, ça crée des atomes crochus plus facilement.
Mais en 2003, cette collaboration va prendre un tournant intéressant. Car si jusqu’ici elle se limitait principalement à des adaptations en tout genre, profitant plutôt aux jeux qu’aux séries sur lesquelles ils se basaient, un titre va permettre de faire converger les intérêts des uns et des autres. Ce jeu, c’est Outlaw Volleyball. Car si le nom MTV est connu, surtout à l’époque, c’est pour ses clips musicaux. Pendant une vingtaine d’années, il a mis en avant des musiques devenues symboles de toute une génération, de Madonna à Nirvana, à un point où l’on parle de génération MTV pour parler de ces jeunes qui ont grandi avec les références musicales du groupe.
Smells Like Old Spirit
Hélas, dans les années 2000, le phénomène s'essouffle un peu. L’industrie musicale est en pleine mutation. MTV cherche donc à s’en émanciper en diversifiant sa proposition à coups de télé-réalité et autres émissions, tout en cherchant de nouvelles vitrines pour sa musique. Et c’est là que l’on revient vers Outlaw Volleyball. Car si, sur le papier, il ne s’agit qu’un simple dérivé d’Outlaw Golf sorti en 2002, il représente bien plus. Car le titre sorti en 2003 a un petit truc en plus : une véritable bande-son, sorti le même jour que le jeu, soit il y a 23 ans jour pour jour. Pour ce faire, Simon & Schuster Interactive va se rapprocher de Sumthing Else Musicworks, label d’un certain Nile Rodgers - guitariste et auteur-compositeur à qui l’on doit des titres comme Like a Virgin (Madonna) ou Let’s Dance (David Bowie). Cela va permettre à Outlaw Volleyball de proposer des morceaux originaux et complets, fait assez rare à l’époque.
Et de l’autre côté, cette bande-son permet à MTV, via la participation de Melinda Gedman, de donner une visibilité à de jeunes artistes. Comme l’expliquera Rodgers, “les jeux vidéo sont avant tout une vitrine pour les nouveaux talents. Dans un secteur musical en pleine mutation, c'est un excellent moyen de révéler les groupes de demain.” Gedman va d’ailleurs superviser un clip assez osé pour l’un des titres de cette fameuse bande-son, Get It On du groupe Diffuser. À travers cette bande-son, c’est l’esprit MTV qui tente de perdurer. Et c’est peut-être bien la seule chose intéressante qu’il y avait à tirer de ce Outlaw Volleyball, qui était, il faut le dire, assez mauvais. Comme vitrine, on aura vu mieux, il est vrai. Mais finalement, l’idée a perduré au fil des années. Rodgers avait donc raison, il avait juste misé sur le mauvais cheval.