
La licence Dragon Age est « probablement morte » selon son scénariste historique
La fureur du dragon
Interrogé sur l'avenir de la franchise Dragon Age, l'ancien scénariste en chef David Gaider a dressé un bilan des plus sombres. S'il estime hautement improbable qu'Electronic Arts redonne vie à la saga, il se dit cependant prêt à en reprendre les rênes de manière indépendante pour renouer avec la dark fantasy sans concession des origines.
La crise d'identité de Dragon Age ne date pas d'hier, mais elle semble avoir atteint son point de non-retour. Si Dragon Age : Inquisition avait paradoxalement réussi à dépasser les attentes financières d'Electronic Arts en devenant le plus gros succès commercial de BioWare (on parle de 12 millions de ventes), le titre avait déjà amorcé une rupture artistique profonde, peinant à saisir l'essence même de ce qui faisait le sel de l'univers de Thedas. S'en est suivie une longue période de turbulences pour le studio, jalonnée de restructurations créatives et de vagues de licenciements massives. Une dérive qui s'est matérialisée par l'échec de Dragon Age : The Veilguard, achevant de sceller le destin d'une licence devenue l'ombre d'elle-même. Au micro de nos confrères de PCGamer, David Gaider a expliqué que la messe est dite : sous la bannière d'EA, Dragon Age n'est plus qu'un souvenir.
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Dragon Age mort chez EA
Pour le scénariste historique, ce désamour n'a rien d'une surprise. Tout au long de son parcours chez BioWare, l'équipe a dû composer avec un éditeur incapable de comprendre la formule Dragon Age. Dès l'origine, le décalage était total, l'éditeur marketant le premier opus comme un défouloir adolescent à grands coups de musique de Marilyn Manson et d'effusions gore gratuites. Pire encore, la réussite commerciale de la saga a toujours été traitée par la direction comme une anomalie statistique : « La façon dont EA voyait les choses, c'est que Mass Effect était le RPG moderne, léché, orienté action, facile à vendre. À l'inverse, Dragon Age était perçu comme vieux jeu et trop centré sur l'histoire. Du coup, à chaque fois qu'un Dragon Age se vendait bien, on nous sortait des excuses inverses. En gros, que c'était un coup de chance. »
Gaider rappelle même l'humiliation d'avoir dû collaborer avec un directeur du marketing qui expliquait ouvertement à l'équipe qu'il fallait « mettre du rouge à lèvres sur un cochon » pour réussir à vendre leur jeu. Une incompréhension qui se prolonge jusqu'à aujourd'hui : le PDG d'EA, Andrew Wilson, est allé jusqu'à imputer la déroute de The Veilguard à son absence de fonctionnalités de jeu-service. Un aveu d'aveuglement presque comique, s'il n'était pas si dramatique pour les équipes créatives.
Un retour aux sources « sombre et dangereux »
Désormais éloigné du giron d'EA, David Gaider avoue qu'il ne posera pas les mains sur The Veilguard, estimant que l'éditeur a tout fait pour envoyer le projet dans le mur. Pourtant, le scénariste ne cache pas son attachement viscéral pour ce qu'il considère comme son « bébé ». Si l'idée de retravailler sur la licence lui semblait inenvisageable par le passé, il n'exclut plus de relever le défi si les droits de la franchise lui étaient un jour restitués, loin des impératifs d'un grand éditeur.
L'objectif serait alors de balayer les dérives des derniers épisodes pour revenir aux fondamentaux qui ont fait la gloire de Origins. Gaider évoque l'envie d'explorer des contrées narratives beaucoup plus sombres, viscérales et dangereuses, quitte à bousculer frontalement une partie du public. Une proposition séduisante sur le papier, mais qui relève malheureusement du pur fantasme tant qu'EA gardera jalousement les clés de la franchise.
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