
Comment Gran Turismo 3 : A-Spec est-il devenu l'épisode le plus vendu de la franchise ?
Sans maîtrise, la puissance n'est rien
Couronné roi des jeux de course à la naissance, Gran Turismo a grandi et évolué durant cinq générations de consoles PlayStation. Et l'une des étapes les plus mémorables de la franchise de Kazunori Yamauchi fête aujourd'hui son 25e anniversaire.
Sorti le 28 avril 2001 au Japon, le 10 juillet 2001 aux États-Unis et le 20 juillet 2001 en Europe, Gran Turismo 3 : A-Spec était à l'origine prévu pour accompagner le lancement de la PlayStation 2, en 2000. Il était d'ailleurs connu sous le titre de Gran Turismo 2000 lors de ses apparitions successives au Tokyo Game Show 1999, au PlayStation Festival 2000, à l'E3 2000 ou encore à l'ECTS 2000. Mais entre le temps nécessaire pour dompter la toute nouvelle architecture de la PS2 et le perfectionnisme du producteur Kazunori Yamauchi, la sortie du titre est finalement retardée au printemps 2001. De quoi laisser le temps aux ouvriers de Polyphony Digital de parachever un épisode resté dans les mémoires de toute une génération de pilotes.
À l'heure où l'on se demande bien comment la prochaine PlayStation sera en mesure de nous faire ressentir le moindre fossé générationnel, il fallait être là en 2001 pour mesurer l'écart qui séparait Gran Turismo 2 de Gran Turismo 3. Le passage de la PS1 à la PS2 était tout simplement renversant. Le niveau de détails des voitures, les rayons du soleil qui traversent les feuilles des arbres, les effets de fumée et de pluie... Une voiture de Gran Turismo 3 : A -Spec était composée de 4 000 polygones, de quoi modéliser des détails encore jamais vus jusqu'alors dans un jeu de course.
Understand, understand, the A-Spec of love
Après une splendide introduction, dont seule la version japonaise retient malheureusement le thème Moon Over The Castle par Masahiro Andoh, Gran Turismo 3 : A -Spec nous accueille sur un menu des plus généreux, dont le mode Gran Turismo est bien entendu le plat principal. Ce mode carrière propose de commencer avec des voitures peu puissantes et de cumuler une petite fortune au fil des courses pour enrichir son garage et améliorer ses voitures après une visite chez le concessionnaire. Le mode est porté par une centaine de courses classées en cinq ligues (Débutant, Amateur, Professionnel, Endurance et Rallye) accessibles seulement après avoir passé les permis adéquats.
Parmi les nouveautés, certaines courses se déroulent désormais sous la pluie, tandis que les courses de rallye apparues dans Gran Turismo 2 sont grandement étoffées. Gran Turismo 3 : A-Spec est aussi le premier épisode compatible avec les volants à retour de force. Il est plus particulièrement indissociable du volant Logitech GT Force et de son pédalier, un pack ayant même été proposé à la sortie. À la manette, le jeu n'était pas en reste et prenait en charge les commandes analogiques et les touches sensibles à la pression de la DualShock 2.
Chaque course permet donc de gagner des crédits pour acheter en retour des nouveaux véhicules et des pièces de performances (suspensions, améliorations du moteur, transmission, turbocompresseur, pneus). Les concessionnaires et les voitures sont classées par pays, mais le concessionnaire d'occasions a toutefois disparu. Les voitures sont donc obtenues soit à l'achat en neuf, soit en tant que récompense de compétition. Au rayon des petites touches, une nouvelle mécanique de vidange d'huile permettait de simuler l'entretien et l'optimisation de son bolide, qui perdait de la puissance au bout de quelques centaines de kilomètres.
L'émotion en jean
Histoire d'aborder l'éléphant au milieu de la piste : oui, le nombre de voitures de Gran Turismo 3 avait été grandement réduit. Ce premier épisode PS2 proposait 180 voitures contre plus de 500 pour son prédécesseur. C'est-à-dire que modéliser un véhicule dans Gran Turismo 2 prenait une journée, alors que cette même tâche prenait deux bonnes semaines pour Gran Turismo 3. Un autre reset générationnel s'est produit par la suite lors du passage de Gran Turismo 6 à Gran Turismo Sport. Quant au premier épisode de la PS3, Gran Turismo 5, il avait pu dépasser les 1 000 caisses en ayant recours à une astuce (800 modèles étaient importés de Gran Turismo 4).
Ce choix de voitures plus réduit n'était pas de nature à gâcher la fête, d'autant que Gran Turismo 3 : A -Spec était intouchable du point de vue de la durée de vie (qui a dit replay value ?). La panoplie de circuits convoque un tas de souvenirs, avec au programme trois circuits réels (Laguna Seca, Super Speedway et le Circuit de Monaco, renommé Côte d'Azur pour des questions de droit), trois circuits urbains fictifs (Seattle, Circuito di Roma, Tokyo R246) et 13 circuits originaux, dont Tahiti et les Alpes suisses, sans oublier le cauchemardesque Complex String.
On pouvait regretter l'absence des dégâts, le manque d'impact des collisions et les limites de l'intelligence artificielle, qui resteront pendant longtemps les points faibles récurrents de Gran Turismo. Mais qu'importe, avec Gran Turismo 3 : A-Spec, la franchise passait du statut de « c'est pas mal ce petit jeu de voiture là » à celui de vrai petit phénomène culturel, à l'image de la PS2 elle-même. Et pourtant, ce n'est pas le choix qui manquait : Grand Theft Auto III, Final Fantasy X, Devil May Cry, Metal Gear Solid 2, Silent Hill 2, Jak and Daxter, Ico, Onimusha, Pro Evolution Soccer, Twisted Metal : Black, Tony Hawk's Pro Skater 3... 2001 fut l'année du grand décollage de la console, le moment à partir duquel le monolithe est devenu inarrêtable.
En plus de 30 ans d'existence de PlayStation, Gran Turismo 3 : A-Spec demeure à la fois l'un des jeux les mieux notés (95 Metacritic) et les plus vendus (un tout petit peu moins de 15 millions) toutes générations confondues. Cet épisode ne s'est pas contenté de convaincre les vétérans de la PS1 qu'ils avaient fait le bon choix, il a converti de nombreux joueurs qui n'avaient jusqu'ici encore jamais touché à une simulation automobile. Certains d'entre eux sont encore aujourd'hui au rendez-vous à chaque nouvelle mise à jour de Gran Turismo 7.