Fin des jeux physiques sur PS5 : Sony attaqué en justice, avec une plainte massive à 457 millions de dollars

Fin des jeux physiques sur PS5 : Sony attaqué en justice, avec une plainte massive à 457 millions de dollars

Fin des jeux physiques sur PS5 : Sony attaqué en justice, avec une plainte massive à 457 millions de dollars

1,7 millions de joueurs vs Sony

En annonçant la fin progressive des disques PlayStation 5 d'ici janvier 2028, Sony espérait sans doute imposer définitivement son hégémonie numérique. C'était sans compter sur la riposte juridique d'une association de consommateurs néerlandaise, qui vient d'attaquer le constructeur en justice pour abus de position dominante, réclamant la bagatelle de 457 millions de dollars. Une procédure dont beaucoup espèrent qu'elle pourrait faire bouger la ligne de défense historique de la firme face aux accusations de monopole.

La transition de force vers le tout-numérique vient donc de se heurter à un mur juridique particulièrement solide. L'association Stichting Massaschade & Consument a déposé une plainte collective au nom de 1,7 million d'utilisateurs de PlayStation aux Pays-Bas. L'argument au cœur du dossier est à la fois très simple et implacable : en privant les joueurs d'alternatives physiques, Sony s'octroie le monopole absolu des prix via sa boutique en ligne, verrouillant le marché derrière sa fameuse commission de 30 %.

Sony contre les Pays-Bas au tribunal

Jusqu'ici, chaque fois que l'éditeur japonais était bousculé par des régulateurs ou des ligues de consommateurs concernant ses tarifs sur le PlayStation Store, sa ligne de défense restait immuable. Sony brandissait le marché physique (et notamment le secteur de l'occasion ou des revendeurs tiers) comme la preuve indiscutable qu'il n'exerçait aucun monopole coercitif. Les joueurs mécontents du prix dématérialisé pouvaient, après tout, aller acheter une galette à prix cassé chez leur revendeur du coin ou sur le marché de la seconde main.

Mais en planifiant la mise à mort définitive du lecteur de disque d'ici janvier 2028, le géant de Tokyo s'est tiré une balle dans le pied. Comme l'analyse Andrew Ching, chercheur à la Johns Hopkins Carey Business School, cette décision détruit de l'intérieur le principal bouclier légal de la firme. Sans support physique pour faire jouer la concurrence et amortir le coût d'achat par la revente, le public n'aura plus d'autre choix que de se soumettre aux pleins tarifs édictés par l'unique vitrine officielle.

15 % de résistants et un immense manque à gagner

Pour justifier cette bascule brutale, l'écosystème PlayStation s'appuie sur une statistique qui va dans son sens : environ 85 % des ventes de jeux sur sa plateforme s'effectuent désormais au format numérique. Un triomphalisme qui omet un détail d'importance : les 15 % restants représentent des millions de consommateurs profondément attachés à la flexibilité du format physique (et ajoutons que dans ces 85% il y a des tonnes de jeux AAA, mais aussi une part énorme de jeux indés qui ne sortent pas au format physique). Aux yeux de Sony, le marché de l'occasion et de la location est une anomalie économique à rayer de la carte depuis des décennies, car chaque transaction de seconde main constitue de la valeur qui circule entre les joueurs et les boutiques sans jamais revenir dans les poches du fabricant.

L'association Stichting Massaschade & Consument appuie justement sa procédure sur la différence fondamentale de modèle économique entre le physique et le numérique. Chez les revendeurs traditionnels, Sony touche une redevance fixe par exemplaire fabriqué, laissant les magasins libres de baisser les prix ou de revendre des jeux d'occasion à prix cassé. En supprimant ce canal, Sony élimine la seule alternative tarifaire des joueurs et s'octroie le contrôle total de la valeur des jeux dans le temps, donc un monopole. Ce qui est susceptible d'être attaqué légalement. CQFD.

Si le tribunal néerlandais donne raison à la plainte collective, l'onde de choc pourrait dépasser largement les frontières des Pays-Bas pour redéfinir les règles du jeu mondiales. Pour simplifier, disons qu'il y aurait trois conséquences majeures :

- Une amende record de 457 millions de dollars : Sony se verrait contraint de verser cette somme astronomique pour indemniser les 1,7 million d'utilisateurs de PlayStation concernés par l'action de groupe dans le pays (la forme de ce remboursement reste compliquée à imaginer : des bons d'achat ? un versement direct sur les comptes des usagers ?).

- Une jurisprudence pour les boutiques numériques : un gain de cause des consommateurs forcerait une remise en question légale du fonctionnement des écosystèmes fermés (ce qu'on appelle les walled gardens). Cela pourrait contraindre Sony à maintenir obligatoirement un support physique (on y croit moyen) ou à ouvrir ses consoles à des boutiques numériques tierces pour garantir la libre concurrence sur son propre support (ce qui casserait les pieds de Sony).

- La protection légale du droit de revente : une victoire validerait juridiquement le fait que le consommateur possède réellement son jeu dématérialisé et dispose du droit inaliénable de le céder, créant ainsi un précédent majeur contre la dématérialisation forcée imposée par les géants de la tech, et obligeant les constructeurs/vendeurs à revoir leurs conditions d'utilisation.

Le verdict de ce procès déterminera donc si les constructeurs ont le droit de confisquer définitivement la propriété physique des œuvres, ou si le portefeuille des joueurs conservera ses dernières libertés de circulation. Pour le moment, aucune date d'audience n'a été fixée.

← Gaming