Mémoire cash - Siren Blood Curse : les amateurs d'horreur à la japonaise sont orphelins depuis 18 ans

Mémoire cash - Siren Blood Curse : les amateurs d'horreur à la japonaise sont orphelins depuis 18 ans

Siren Blood Curse : les amateurs d'horreur à la japonaise sont orphelins depuis 18 ans

La Siren a-t-elle définitivement cessé d'émettre ?

- PSN

- PS3

Trois petits tours et puis s'en va. Franchise d'horreur mémorable, saluée pour son ambiance magistrale mais critiquée pour sa jouabilité rigide et son scénario complexe, Siren a cessé d'émettre après seulement trois opus publiés entre novembre 2003 et juillet 2008. Le dernier volet, Siren : Blood Curse, est ainsi sorti sur PlayStation 3 il y a tout juste 18 ans.

Ce qu'il y a d'amusant avec Siren : Blood Curse, c'est qu'on se souvient autant du jeu proprement dit que des conditions étranges dans lesquelles il nous a été servi. Avant même que le jeu vidéo épisodique ne devienne à la mode, en particulier sous l'influence de Telltale Games, Sony s'était essayé à ce mode de distribution expérimental. Le jeu de Japan Studio étant composé de 12 chapitres, l'idée était de les distribuer les uns après les autres sur le PlayStation Store, pour que le joueur soit tenu en haleine et savoure l'histoire à la façon d'une série télé.

Il faut se souvenir qu'en 2008, devoir passer obligatoirement par un téléchargement n'était pas encore quelque chose de commun. Alors devoir en faire 12 pour obtenir un jeu complet ? Drôle d'idée, d'autant que si la taille moyenne de 800 Mo par épisode peut sembler raisonnable de nos jours, la vitesse de téléchargement de la PS3 et de la plupart des connexions de l'époque ne rendaient pas l'expérience particulièrement fluide (souvenir connexe débloqué : l'écran d'installation de Metal Gear Solid 4 qui laissait le temps au vieux Snake de se griller non pas une cigarette mais le paquet entier). Surtout qu'au final, seul le Japon a eu droit à une sortie épisodique au compte-gouttes, à partir du 13 juillet. Chez nous, les 12 épisodes de Siren : Blood Curse sont sortis d'une traite sur le PlayStation Store le 24 juillet 2008. Avec une bonne surprise au niveau du prix : 30 euros pour le jeu complet.

« Espérons qu'il sorte en boîte », s'accordent à dire nos lecteurs de l'époque. Ils obtiendront gain de cause avec la sortie du jeu complet en Blu-ray, mais seulement à partir du 29 octobre 2008 en Europe. Malgré un volume de distribution sans doute modeste, cette édition physique peut se dénicher aujourd'hui encore à des tarifs tout à fait décents.

Après deux épisodes sortis sur PlayStation 2 en 2003 et 2006, Siren : Blood Curse embrasse donc la génération PS3. Ne comptant pas vraiment comme un Siren 3, cet opus est présenté comme une sorte de relecture du premier épisode, mettant en scène des personnages occidentaux égarés dans la campagne japonaise dans le cadre d'un tournage. Ce qui n'empêche pas le jeu d'être toujours développé par Japan Studio et surtout de garder cette atmosphère si étrange et pesante. S'il ne surpasse pas Forbidden Siren 2 dans le cœur des fans en général, Siren : Blood Curse reçoit un bel accueil de la presse et du public. Il faut dire qu'à l'époque où Resident Evil est sur le point de virer au blockbuster d'action grand-guignolesque, Siren est là pour apporter une vraie tension digne des meilleurs films d'horreur japonais.

Et si Siren : Blood Curse se montre un peu moins expérimental que ses prédécesseurs, en délaissant son étonnante structure en forme de chronologie fragmentée dans tous les sens, il reprend la mécanique non moins originale du sight jacking, ce système permettant au joueur de voir à travers les yeux des alliés et surtout ceux des ennemis. Complexe à exploiter dans l'impitoyable premier épisode, la mécanique est devenue plus souple à utiliser au fil des épisodes. L'ergonomie générale s'est également améliorée d'un jeu à l'autre, si bien que Siren : Blood Curse est sans nul doute le volet le plus accessible. Siren ne serait pas non plus Siren sans ses emblématiques shibitos, ennemis tellement plus effrayants et intéressants que des morts-vivants ou des monstres traditionnels.

Comme ses deux prédécesseurs, Siren : Blood Curse a été piloté par Keiichiro Toyama, réalisateur du tout premier Silent Hill, recruté par PlayStation en même temps que d'autres membres de la Team Silent. Sony voulait sa propre franchise d'horreur ? Il l'a eue et elle ne ressemble à aucune autre. Keiichiro Toyama, lui, finit par avoir sa dose au bout de trois épisodes et se changera les idées avec quelque chose de plus léger en donnant naissance aux deux épisodes de Gravity Rush. L'homme au béret anticipera ensuite la dissolution de Japan Studio en partant fonder son propre studio pour renouer avec l'action-horreur (Slitterhead). Son départ a mis à mal les espoirs de voir Siren revenir sur le devant de la scène. Pourtant, Siren fait partie de ces franchises que Sony Japon ne peut se résoudre à ignorer. À l'image d'Ape Escape, autre chouchou maison, PlayStation Japon commémore fréquemment l'anniversaire de Siren (le 3 août) et avait encore organisé des petits événements locaux pour le 20e anniversaire en 2023.

Et n'oublions pas que Siren s'est étendu au-delà du jeu vidéo. Si le manga Siren : Call of the Red Sea a été interrompu par son auteur Wataru Kamio pour des raisons de santé en décembre 2015, Siren Rebirth a pris la relève en 2017, à l'occasion du 15e anniversaire de la série, et ses 8 volumes sont même sortis en français chez Mana Books. Cette adaptation du premier épisode de la série est signée Sakai Tsutomu (scénario) et Asada Yukai (dessin). Sorti au cinéma au printemps dernier, le film Until Dawn comprend ce qui ressemble fortement à une référence au jeu de Keiichiro Toyama (un sirène inquiétante qui déclenche chez un personnage trois filets de larmes de sang, exactement comme les shibitos). Mais saviez-vous que Siren a eu droit à son propre film ? Réalisé par Yukihiko Tsutsumi, il est sorti le 9 février 2006 au Japon pour accompagner le lancement de Forbidden Siren 2, dont il s'inspire librement.

Alors, comment joue-t-on à Siren de nos jours ? Le premier épisode est accessible sur le PlayStation Store pour PS5 et PS4 en tant que classique doté des améliorations habituelles (meilleur rendu, rembobinage, sauvegarde rapide, filtres vidéo personnalisés). Avec un gameplay déjà anachronique à sa sortie, cet épisode peut facilement décourager par sa difficulté, à tel point que l'usage d'un guide est recommandé, mais ceux qui insistent seront récompensés par un lore plus terrifiant et complexe que celui de n'importe quel Silent Hill ou Project Zero. À titre personnel, Forbidden Siren 2 reste l'épisode le plus mémorable et le plus équilibré, mais on attend toujours qu'il rejoigne son prédécesseur dans la gamme des classiques. Quant à Siren : Blood Curse, il appartient à la génération maudite PS3 et n'est donc pas rétrocompatible de façon native. Cependant, les abonnés PlayStation Plus Premium peuvent y accéder à tout moment par le cloud sur leur console ou leur PlayStation Portal.

À l'heure où la franchise Silent Hill renaît de plus belle et où les créateurs indépendants nous abreuvent de survival horror néo-rétro, Siren pourrait avoir un coup à jouer. Mais en attendant qu'un miracle se produise chez Sony Japon et que retentisse à nouveau la sirène interdite, les fans ont tout intérêt à surveiller Konami. Car en prenant place dans le Japon rural des années 60 et avec un autre amateur de béret en charge du scénario, Silent Hill f est sans doute ce qui se rapproche le plus d'un héritier de Siren. Vivement le 25 septembre, donc.

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