Mémoire cash - Star Wars Knights of the Old Republic reste l'un des meilleurs RPG occidentaux

Mémoire cash - Star Wars Knights of the Old Republic reste l'un des meilleurs RPG occidentaux

Star Wars Knights of the Old Republic reste l'un des meilleurs RPG occidentaux

On peut toujours Revan pour l'égaler

Alors que le remake reste mortellement silencieux, mais à priori toujours vivant jusqu'à preuve du contraire, Star Wars : Knights of the Old Republic fête son 23ème anniversaire. La sommité du RPG occidental reste toujours au sommet malgré les années qui passent et l'un des meilleurs efforts transmedia dans l'univers de George Lucas.

Il y a des jeux que le temps érode, et d’autres qu’il sacre. Sorti en juillet 2003, Star Wars : Knights of the Old Republic (KOTOR pour les intimes, et parce que quand même un peu la flemme de réécrire tout le titre complet à chaque fois) appartient sans conteste à cette deuxième catégorie. Premier RPG de BioWare à s’affranchir de la fantasy traditionnelle, le titre embarque la saga Star Wars dans une direction inédite : celle d’une fresque galactique profondément narrative, bâtie sur une galerie de personnages complexes et surtout moralement ambivalente. À l’heure où Lucasfilm capitalise encore et toujours sur les mêmes visages et les mêmes planètes jusqu'à l'écoeurement, le simple fait que KOTOR reste la référence absolue pour plusieurs générations entières de joueurs en dit long sur la vision qu’il portait. Et sur le vide que ses successeurs n’ont jamais su combler.

Un RPG dans une galaxie très très lointaine

Dès sa sortie, KOTOR impose une structure inédite dans l’univers Star Wars, avec l'ossature d’un jeu de rôle au tour par tour, inspiré des règles du système D20 dérivé de Donjons & Dragons, couplé à une exploration libre de planètes entièrement inédites (Taris, Dantooine, Korriban...). Le tout propulsé par un script de plus de 300 000 mots, écrit par Drew Karpyshyn, futur architecte de Mass Effect.

Le mérite de BioWare, épaulé par LucasArts à l’époque, fut de comprendre que la richesse de Star Wars ne résidait pas uniquement dans ses sabres laser et ses stormtroopers à la myopie congénitale, mais dans ses zones grises philosophiques. Le joueur y incarne un personnage amnésique, dont les choix (véritablement tranchants, il n'y a pas de la morale molle dans Knights of the Old Republic) déterminent le basculement vers le côté lumineux ou obscur. Loin de la trame binaire des films, KOTOR assume des dilemmes complexes, offre des compagnons de route mémorables (HK-47 le droïde assassin qui traite les humains de « sacs à viande », la Jedi Bastila Shan, le Mandalorien Canderous Ordo…) et surtout, prend le temps d’explorer - vraiment - des cultures galactiques jamais vues ailleurs. Le titre était d'une richesse mythologique et d'une densité narrative si folle qu'il est encore aujourd’hui célébré comme l’une des expériences les plus profondes en matière de RPG.

KOTOR boyaux

Ce qui distinguait fondamentalement KOTOR de ses successeurs, y compris Jedi : Fallen Order et Survivor, c’était sa volonté de sortir des sentiers battus. Le titre ne cherchait pas à illustrer Star Wars ; il cherchait à interpréter ce qu'était le mythe créé par George Lucas. Situé 4000 ans avant la saga Skywalker, KOTOR ne s'encombrait pas de Yoda ni d'Étoile de la Mort. On n'y trouvait que des Jedi en guerre, une République affaiblie, et des Seigneurs Sith hantés par leurs propres contradictions. Et surtout, on y trouvait Revan.

Personnage central du jeu et révélation scénaristique majeure (dont on taira ici le twist, par respect pour les rares néophytes), Dark Revan incarnait l’une des figures les plus complexes du RPG occidental et de l'univers étendu Star Wars. Héros, tyran, stratège, idéaliste déchu, tout à la fois, Revan était une figure mouvante, façonnée par les choix du joueur, mais soutenue par une écriture d’une subtilité rare. Sa trajectoire, évoquée dans les romans de l’Univers Étendu puis adoubée par Disney dans l'Ascension de Skywalker (le nom “Revan” est cité dans le Visual Dictionary officiel, mais c'est compliqué), avant d'être exclu du canon (KOTOR ne fait plus partie du canon Star Wars au moment d'écrire ces lignes, mais Disney/Lucasfilm pourrait très bien le réhabiliter un jour ou l'autre) reste emblématique d’un Star Wars adulte, moralement ambivalent, profondément romanesque. Peu de jeux, en dehors de Planescape : Torment ou The Witcher 3, peuvent se targuer d’avoir donné naissance à un personnage aussi mémorable. Rien que pour lui, l'aventure mérite d'être vécue.

Techniquement, ce serait mentir que de ne pas reconnaître que le jeu accuse son âge (animations rigides, interface datée), mais l’intelligence de son écriture, la cohérence de son univers, ses arcs narratifs passionnants et son rythme parfaitement calibré lui confèrent toujours une puissance que peu de RPG contemporains parviennent à égaler encore aujourd’hui. Même sur un Steam Deck, en 2025, KOTOR reste parfaitement jouable, notamment grâce au patch non officiel KOTOR 1 Restoration Mod et aux améliorations de compatibilité via Proton.

Vingt-trois ans plus tard, la pertinence de KOTOR reste intacte. À tel point qu’aucun autre jeu Star Wars, malgré des budgets colossaux (Battlefront II, Squadrons, Outlaws), n’a su retrouver cette justesse d’écriture et cette liberté de ton. Annoncé en 2021, puis repoussé sine die depuis 2022 après des tensions internes chez Aspyr Media et Saber Interactive, le remake de KOTOR est officiellement toujours en développement (on ne parlera même pas de la version Switch honteuse de KOTOR, à cause de laquelle nos yeux saignent encore). Mais on craint que ce remake ne vienne profondément altérer son ADN. Le risque, en tentant de le réécrire ou de le “réactualiser”, serait d’en gommer ce qui fait précisément sa force : sa lenteur assumée, ses dialogues fleuves, ses silences, et cette capacité à faire du joueur un véritable narrateur moral de sa propre saga.

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