
Test : Denshattack, à 300 km/h sur les chemins de fer et de platine
J'ai kiffé prendre des rails Testé pour PC, PlayStation 5, Xbox Series X|S et Nintendo Switch 2Par ,
À la Gamescom 2025, les curieux s'empressaient de découvrir la démo de l'arlésienne Hollow Knight : Silksong, metroidvania le plus attendu de l'Histoire et axe de polarisation totale du discours ludique à la rentrée 2025. Mais les vrais dénicheurs de curiosités savaient que la pépite du salon se trouvait en réalité à quelques pas de là, dans un autre stand, à côté d'une borne Invincible VS : il s'agissait du surprenant Denshattack, simulateur de courses de trains sur rails qui était aussi dynamique que coloré. Un vrai « shot de bonne humeur », comme disent les mamans sur Facebook quand il s'agit d'évoquer la dernière comédie d'Artus. Voilà que la version finale est arrivée en gare ; préparez le gel Vivel Dop fixation béton, parce que ça décoiffe sévère.
Pour atteindre la ligne d'arrivée d'une course de Denshattack, rien de plus facile : votre train roule automatiquement à vive allure sur les ruines du réseau ferroviaire japonais, quelques décennies après l'apocalypse climatique, et votre rôle est de changer de rails au bon moment, sauter pour esquiver un obstacle, klaxonner quand on vous le demande et surtout enchaîner les figures aériennes pour maximiser le score quand l'occasion se présente. Tout est très simple à comprendre. C'est le propre des grands jeux d'arcade. Ce qui est moins simple, c'est d'arriver sans accident en atteignant les objectifs de scoring assez maboules. Et là, dès que vous pensez à gravir le sommet des high scores, c'est foutu, vous avez mis les doigts dans la prise et c'est trop électrisant pour revenir à terre.
Jamais les pieds sur TER
Derrière le concept atypique de Denshattack, on retrouve l'infatigable réalisateur David Jaumandreu, que nous avons déjà croisé l'an dernier dans le sanguinolent (et excellent) jeu d'action Ninja Gaiden : Ragebound. Toutefois, si l'épopée shinobi était développée chez le studio sévillan The Game Kitchen (Blasphemous), Jaumandreu évolue ici chez le discret studio barcelonais Undercoders, qui entend bien devenir incontournable et prouver toute l'étendue de son talent avec quelques projets qui n'ont même pas de fiche chez nous à date. À l'édition, c'est la prolifique entreprise anglaise Fireshine Games (Core Keeper, Far Far West, Gestalt : Steam & Cinder...) qui gère. Deux étoiles montantes de la scène indé', assurément, qui se rejoignent ici pour livrer une expérience survoltée.
Revenons à nos moutons. Sorti de l'école du gameplay, David Jaumandreu a certainement poncé le catalogue de la Dreamcast, ou, à tout le moins, ses héritiers, puisque Denshattack rappelle fortement la philosophie créative de la console de Sega. Sans doute parce que la moindre présence d'une société anarcho-punk à roulettes qui multiplie les tricks renvoie directement à Jet Set Radio. Cependant, puisque nous sommes sur des rails, c'est bien moins le choix du parcours que les réflexes qui priment. Notre rôle est de piloter à toute berzingue en nous fiant aux signaux visuels et sonores pour activer la bonne mécanique au moment ; ici une esquive aérienne, là un changement de voie pour aller toper un secret, plus tard une série de tricks à la moindre rampe de lancement qui offre une bonne séquence aérienne.
Pour atteindre le high score de chaque niveau (et arriver sans accident), c'est convenu, vous allez devoir répéter le parcours quelques fois, puisque vos réflexes ne sont jamais assez bons pour maîtriser un tracé d'instinct, malgré le grand travail de clarté effectué sur la proposition. D'autant que vous allez aussi trouver des interstices pour glisser des points supplémentaires. Au début, timide, vous vous en tenez aux rails ; plus tard, vous calez quelques petits sauts de cabri dans les lignes droites pour ajouter un trick, ou vous multipliez les esquives d'obstacles à la dernière minute, ce qui répète le scoring du précédent trick. D'ailleurs, pour les pirouettes, il suffit de réaliser quelques tracés ésotériques au joystick droit. Plus un trick est long, plus vous risquez de rater l'atterrissage, ce qui ne fait pas dérailler mais neutralise les derniers tricks réalisés. Bref, il faut savoir quand envoyer un simple kickflip et quand risquer un Finger Cancel Heel 360 suivi d'un Back Kick Impossible (le trickionnaire du menu pause renseigne sur le champ des possibles).
Là où on va, on n'en a pas besoin, de route
100% électrique, Denshattack accompagne le gameplay par son atmosphère anime 2000's colorée, quelque part entre l'excentricité de Panty & Stocking with Garterbelt et Kill la Kill sans verser dans le vulgaire, sexy ou graveleux. Dans l'univers d'Undercoders, la pollution a fini par détruire la société, qui se réfugie maintenant sous quelques dômes blindés (du moins au Japon) gérés par la compagnie Miraido. Quelques 85% de la population vit cloisonnée. Hors des dômes, les survivants se débrouillent toujours à l'aide de l'ancien réseau ferroviaire nippon, qui relie toujours le sud du Beppu au nord d'Hokkaido. Nous allons d'ailleurs traverser le pays dans les baskets d'Emi, jeune livreuse de ramens qui se découvre une passion pour le Denshattack, des combats de trains surnaturels qui sont pratiqués par des gangs rebelles. On n'est pas très loin du Fast & Furious sauce teriyaki dans l'âme.
Se contrefoutre de toute forme de réalisme était absolument nécessaire pour vendre le concept de Denshattack, et Undercoders se saisit de cet univers pour s'autoriser toutes les folies visuelles et ludiques. Chaque niveau plonge dans la culture japonaise pour la détourner en séquences cultes. Dès la première région, vous allez filer au cœur d'un volcan, bondir au-dessus de Moaïs, déraper dans un aéroport désaffecté, visiter un onsen et affronter un Gundam. Parades festives, kaijus, yakuzas, gangs de délinquants à la coupe pompadour, ouragans... Tout est jeté pêle-mêle dans une joyeuse fanfare d'idées. Mais le plus impressionnant reste la quantité de travail abattue par une équipe modeste sur les visuels, les environnements et les animations : Denshattack est un jeu extrêmement riche dont l'aimable prix de 19,99€ ne reflète absolument pas l'abondance d'idées. Quand recyclage il y a, il est toujours discret ou bien modéré, ce qui mène vraiment à se demander comment une telle charge de travail a été abattue.
Cette extravagance visuelle et scénique va toujours dans le sens du gameplay, puisqu'elle sert, au choix, à introduire de nouvelles séquences de gameplay ou bien des mécaniques universelles qui vont nous accompagner jusqu'à l'arrivée. Drifts sur deux voies, roues arrières, tunnels à rotation, courants d'air à emprunter... Ou jauge de score à maximiser pour rentrer dans un état de concentration maximale et percevoir les courants magnétiques qui sont autant de rails compatibles avec notre vieille locomotive pour accéder à des secrets. Même quand on pense que le plus barré est derrière nous, Undercoders arrive à remettre une pièce dans la machine, et le grand final arrive in extremis à dépasser tout le reste en termes de grand spectacle. Faut dire que les parcours de boss sont tous mémorables, avec quelques références vidéoludiques et mécaniques de choix qui inspirent le sourire.
En fait, il n'y a guère que les séquences en « téléphérique » qui sont pénibles : notre locomotive est accrochée à un câble par le plafond et il s'agit surtout d'esquiver quelques obstacles en se balançant avant de se décrocher pour revenir sur le parcours. Jamais fou-fou, mais pas assez pour vraiment gâcher le plaisir.
TGV (Train à Grande Variété)
Pour aller dans le détail, Denshattack varie les plaisirs avec quatre grands types de parcours : il y a les courses simples ; ensuite les courses contre rivaux, où rentrer dans les adversaires est presque nécessaire pour les faire dérailler et gagner ; les courses d'orientation, avec plusieurs chemins à terminer et plein de sentiers sinueux à découvrir ; enfin, les parcs à tricks, où l'objectif est purement de scorer sur une boucle remplie d'obstacles. De quoi introduire des changements de rythme bienvenus. Vous remarquerez aussi une grande richesse de défis à accomplir dans chaque niveau. S'il s'agit souvent d'arriver sans accident et de simplement ramasser les objets secrets, vous aurez aussi des tricks spécifiques à réaliser ou des conditions quelconques à remplir dans les séquences scriptées. Impossible de s'endormir au volant avec tous ces stimulis.
Par contre, il faut bien l'évoquer quelque part, mais la nature frénétique de Denshattack induit quelques bugs de collision et autres changements de voie hasardeux. Cela marche parfois à notre avantage (plus d'une run a été sauvée par un mouvement de panique qui entraîne un bug de collision et empêche de se vautrer dans le décor). Mais à d'autres moments, la punition tombe. Par exemple, esquiver parfaitement un obstacle pour emprunter de rampe de boost mitoyenne peut valider l'esquive dans le scoring... mais quand même nous envoyer dans le décor. Voilà, c'est un bug. Ça arrive, c'est jamais très grave, mais c'est relou de devoir relancer un parcours parce que Dame Chance nous a fait la gueule.
Avec les objets secrets durement acquis, nous pouvons débloquer pléthore de cosmétiques, avec des stickers et peintures alternatives à la pelle dans chaque région. Plus tard, Emi peut aussi accumuler des rouages et les dépenser en boutique pour accéder à d'autres locomotives, aux propriétés variées, toujours avec une qualité et un défaut pour équilibrer le jeu. Nous, nous avons conservé la locomotive jaune de départ, un peu pour ses couleurs Crazy Taxi et un peu parce que réussir les tracés à la dure est notre satisfaction. Enfin, il est possible d'investir dans le fanzine de notre allié Fernando pour avoir plus d'informations sur chaque région. Parfois, ce sont des vrais détails historiques sur Tokyo, parfois, c'est du turbo-bullshit sur un gang d'anciens motards devenus flics mercenaires avec une pelleteuse géante.
Parce que le rail, c'est la musique que j'aime
Beaucoup, beaucoup de qualités ludiques, c'est vrai, mais aucune n'arrive à la cheville de la merveilleuse bande-son qui accompagne les tracés de Denshattack. Sauf erreur de ma part, chaque circuit jouit d'une musique unique, ce qui, encore une fois, représente une quantité de boulot phénoménale. Premier nom du casting, l'omniprésent Tee Lopes (Sonic Mania, Penny's Big Breakaway), suivi de ses acolytes Lotus Juice (Persona 3), Andrew One, Shoji Meguro (Shin Megami Tensei : Digital Devil Saga, Persona 5...), Junky 58, milkyPRiSM, Evelyn Lark (Nightmare Kart), Alice Peralta (Splatoon 2) ou encore Takenobu Mitsuyoshi (Virtua Racing, Daytona USA). Un vrai who's who de la musique japonaise (ou japonaiso-inspirée) d'aujourd'hui.
Vous n'avez pas reconnu tout le monde ? C'est normal. Certains compositeurs ont 40 ans de carrière tandis que d'autres invité(e)s ont à peine 17 000 auditeurs mensuels sur Spotify. Et pourtant, à moins de bien connaître les styles respectifs, vous aurez du mal à trier les compositions par ordre d'expérience, puisqu'il y a très, très peu de morceaux qui se montrent en-dessous de l'excellence. Du rap tokyoïte moderne à un pastiche de Street Fighter III 3rd Strike en passant par de la pop d'idol solaire ou de la drum 'n bass bien sale, la bande-son de Denshattack se hisse directement dans les vinyles à précommander (ce sera très certainement chez Kid Katana, puisque la firme accompagne déjà le marketing en postant des morceaux sur les plateformes). D'ici là, le prix de la meilleure bande-son dans mon top de fin d'année est déjà garanti.
Comptez environ 10 heures pour arriver au bout des neuf régions à parcourir (en comptant les inéluctables moments où vous allez vous acharner sur un niveau pour essayer d'avoir le high score avant de repartir la queue entre les jambes). Malgré tous les superlatifs pour désigner son explosivité et ses feux d'artifices de mécaniques, Denshattack reste un titre abordable, à condition d'avoir encore quelques réflexes, puisque ses mécaniques sont introduites au rythme parfait pour apprendre à les maîtriser avant de passer à autre chose. Si je peux me permettre une comparaison très hasardeuse, j'y rentre en état de flow avec le même plaisir et la même intensité que dans DOOM Eternal (dans un registre très distinct). Avec son prix tout doux, il s'agit, ni plus ni moins, d'un incontournable de l'été pour qui aime bien les titres arcade, le scoring, la vitesse, les délires de skaters underground 2000's en jeu vidéo ou simplement les bons jeux.