Mémoire cash - Brave Fencer Musashi, l'escapade pleine de charme de Square en plein âge d'or de la PS1

Mémoire cash - Brave Fencer Musashi, l'escapade pleine de charme de Square en plein âge d'or de la PS1

Brave Fencer Musashi, l'escapade pleine de charme de Square en plein âge d'or de la PS1

Petit mais costaud

De Xenogears à Chrono Cross en passant par Parasite Eve, Final Fantasy Tactics ou encore Valkyrie Profile, il y a de quoi fulminer en repensant à toutes les perles que Square n'a pas daigné distribuer en Europe au cours de la génération PS1. Pour la plupart de ces titres, la situation s'est arrangée par la suite grâce à des portages ou des remasters. Mais il y a dans le lot un jeu resté plus en retrait qui n'a jamais eu droit à de tels égards.

C'est donc le 16 juillet 1998, alors que la PlayStation est au sommet de sa gloire, que Brave Fencer Musashi fait son apparition au Japon. Entre deux RPG au tour par tour, Square apportait une diversité bienvenue à son catalogue avec cet action-RPG tout en 3D matiné de plateforme. Illustré avec un look jeune, moderne et incisif, l'épéiste Musashi profitait de la notoriété grandissante d'un certain Tetsuya Nomura, qui sortait de Final Fantasy VII et Parasite Eve. Pour le reste, l'équipe de développement n'avait pas grand-chose en commun avec les piliers de Final Fantasy, à l'image du réalisateur Yoichi Yoshimoto, dont le précédent jeu à ce poste était The Adventures of Batman and Robin sur Super Nintendo (1994). Le scénariste Koichi Ogawa, le programmeur Toshinori Shimono et le compositeur Tsuyoshi Sekito, pour ne citer qu'eux, étaient aussi des transfuges de Konami. Voilà qui explique peut-être pourquoi il y a un peu de Goemon dans le jeu de Square.

Réincarnation du légendaire héros qui avait sauvé le royaume d'Allucaneet du Sorcier des Ténèbres 150 ans plus tôt, le jeune Musashi est convoqué par la princesse du royaume en question pour contrer l'invasion de l'empire Thirstquencher. Plutôt que convoqué, il faudrait dire invoqué étant donné que Musashi a été téléporté directement d'un autre monde alors qu'il roupillait. Oui, Brave Fencer Musashi est donc un isekai, dont l'idée d'origine était de mettre en scène Miyamoto Musashi combattant dans un monde parallèle. Le rival historique de Musashi, Kojiro Sasaki, est d'ailleurs aussi représenté dans le jeu.

Pour commencer, notre samurai compact se lance à la poursuite de l'épée de son prédécesseur, Lumina, qu'il doit absolument trouver avant l'armée impériale. Une fois cette tâche accomplie, une mauvaise nouvelle attend Musashi : la princesse et nombre d'autres habitants du royaume ont été capturés. Musashi se lance alors à la recherche des cinq parchemins, chacun détenant un pouvoir élémentaire capable d'augmenter la puissance de l'épée Lumina.

Brave Fencer Musashi surprend en offrant un doublage de toutes les cinématiques. Le doublage anglais est d'ailleurs complètement farfelu, au même titre que le jeu lui-même. Dès la scène d'introduction, on comprend que Brave Fencer Musashi propose une ambiance très légère où le héros est moqué pour son physique peu impressionnant, et où la moitié des noms des personnages et des lieux sont basés sur le thème de la nourriture (Allucaneet = all you can eat, si jamais). Le jeu de Square est un immense cartoon où rien n'est vraiment pris au sérieux et ce petit grain de folie se ressent aussi dans le déroulement de l'aventure. Brave Fencer Musashi est tout sauf un jeu monotone, les angles de vue varient constamment et on retrouve des phases de plateforme en vue latérale, des phases de courses à obstacles où Musashi dévale en direction du joueur façon Crash Bandicoot, des scènes en radeau ou dans un wagon, des mini-jeux chronométrés ou encore de l'exploration de zones plus ouvertes. Et puis, vous avez un combat de boss qui prend la forme d'une partie de Dance Dance Revolution.

Musashi combat avec deux épées aux capacités complémentaires. Fusion, qui s'apparente à un katana, sert à enchaîner des combos rapides tandis que Lumina est une large épée plus lente et puissante, qui peut s'imprégner des propriétés élémentaires des parchemins. De base le combat est simple (carré pour Fusion, triangle pour Lumina, plus des possibilités de choppe) mais le jeu s'articule autour de la mécanique d'assimilation de l'épée Fusion. Ces compétences consomment des BP, l'équivalent des points de magie, dont le total augmente chaque fois qu'on libère un citoyen ou qu'on bat un boss. Certaines compétences sont nécessaires pour contourner un obstacle environnemental (on apprend vite a rebondir sur son épée façon Duck Tales pour sauter par-dessus les ronces).

Brave Fencer Musashi se distingue aussi par un cycle jour / nuit vraiment en avance sur son temps pour un action-RPG de 1998 (et en avance de quelques mois sur Ocarina of Time). L'heure est affichée en permanence dans un coin de l'écran et ce n'est pas un détail cosmétique. Outre les magasins de la ville centrale qui respectent des horaires et des jours de fermeture (« ah mince, c'est fermé le lundi »), la routine des PNJ s'adapte aussi à l'heure de la journée. Plus surprenant encore, à la façon d'un jeu de survie moderne, la nourriture que Musashi transporte se dégrade et périme avec le temps... Sauf le sacro-saint fromage qui lui se bonifie.

Mais le temps qui passe est aussi directement lié à la fatigue de Musashi. Cette mécanique est représentée par un pourcentage et fait que les mouvements du héros commencent à ralentir à partir d'un certain point. Quand la fatigue s'accumule trop, le sommeil réparateur devient obligatoire à moins de consommer un article qui permet de diminuer la fatigue. Musashi n'est heureusement pas très regardant sur la literie et peut pioncer n'importe où par terre. Cela dit, avoir un héros d'action-RPG narcoleptique a de quoi briser le rythme. Et tant qu'on évoque les défauts du jeu, les séquences de plateforme manquent cruellement de précision, même si le bilan s'améliore une fois qu'on obtient le double saut. Les allers-retours sont un autre problème récurrent d'un jeu dont le monde, articulé autour d'une seule ville centrale, paraît pourtant assez compact.

Pour un jeu dont on a tendance a croire qu'il est passé inaperçu, Brave Fencer Musashi a en réalité connu un vif succès au Japon avec plus de 650 000 copies vendues. Il est publié aux États-Unis par la coentreprise Square Electronic Arts le 31 octobre 1998 (avec une démo jouable de Final Fantasy VIII). Une fois le jeu terminé, l'équipe de développement basée à Osaka a été fusionnée avec celles de Parasite Eve II, de Legend of Mana et de Chrono Cross pour s'atteler au chantier Final Fantasy XI. Certains reviendront pour Musashi : Samurai Legend, suite médiocre sortie sur PS2 qui a signé la fin de l'une des plus éphémères franchises de Square. De nos jours, les références à Musashi sont pour le moins rares. Cependant, le 16 juillet 2018, Brave Fencer Musashi a eu droit à une petite attention de la part de Square Enix sous la forme d'un montage pour son 20e anniversaire. Quant aux 30 ans, ils se rapprochent déjà.

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