"Tout va s'effondrer" : de nouveaux témoignages font état d'un environnement délétère suite aux licenciements chez Xbox

"Tout va s'effondrer" : de nouveaux témoignages font état d'un environnement délétère suite aux licenciements chez Xbox

Fatalités évitables

Des siècles d'expérience collective en développement de jeux vidéo balayés en quelques minutes : c'est ainsi que plusieurs employés touchés décrivent la dernière vague de licenciements massifs chez XBOX, dans une enquête menée par Game Developer auprès de sources restées anonymes par crainte de représailles.

Le lundi 15 juillet, jour où les licenciements ont été confirmés en interne puis annoncés publiquement par Asha Sharma, plusieurs employés de Bethesda, ZeniMax Online Studios et id Software ont appris la suppression de leur poste lors d'un bref appel vidéo avec leur hiérarchie. Aucune possibilité de questionner la décision ni d'obtenir des explications : le chat était désactivé, les micros définitivement coupés, et dans un cas, les caméras étaient automatiquement éteintes, au point que "les personnes chargées d'annoncer la nouvelle ne pouvaient même pas voir le visage de leurs collègues" peut-on lire dans l'enquête de GameDeveloper. Ambiance.

Au détour d'une réunion visio de 60 secondes...

Et évidemment, ce n'est là qu'un symptôme parmi bien d'autres du climat qui règne chez Xbox. Chez id Software par exemple, où 136 personnes du bureau texan ont perdu leur emploi, l'appel annonçant les licenciements aurait duré moins de soixante secondes. Les employés concernés auraient été informés de ne pas se présenter au bureau ce lundi-là, si tardivement que beaucoup avaient déjà entamé leur trajet. Ce n'est pas tout : une invitation Outlook aurait été envoyée environ dix minutes avant le début de la réunion, animée par le patron du studio Marty Stratton, et évidemment certains n'ont même pas eu le temps de s'y connecter. En parallèle, l'accès à Slack et aux emails internes a été révoqué dans les 48 heures suivant l'annonce, laissant les employés se débrouiller via des canaux non officiels, souvent supervisés par les syndicats. "Beaucoup d'entre nous ne savaient pas ce qui se passait depuis des semaines", témoigne une source, avant de poursuivre en ces termes : "la hiérarchie ne savait pas, ou ne disait rien. C'était à nous tous de spéculer, de nous inquiéter, de sombrer dans l'angoisse"

Outre leur violence indéniable, les licenciements chez idSoftware ont également de quoi interroger sur l'ampleur des dégâts quant à l'avenir des projets en cours. Ainsi, le studio avait publié la semaine précédente une déclaration affirmant conserver "l'équipe nécessaire pour construire les jeux et la technologie qui font sa réputation" . Or pour GameDeveloper, un employé licencié conteste frontalement cette affirmation : la majorité de l'équipe ayant travaillé sur l'extension Revelations de Doom : The Dark Ages, sortie récemment, aurait été licenciée, tout comme la majorité des personnes chargées de maintenir id Tech, le moteur propriétaire du studio, également utilisé par MachineGames pour Wolfenstein. "Ils se sont débarrassés de toutes les personnes capables de réparer, maintenir ou modifier [id Tech], donc ça va très probablement finir à la poubelle. [...] Je n'imagine pas de chemin où ils referaient un jeu avec id Tech" indique cette source proche du dossier. L'équipe VFX aurait perdu cinq membres, dont son lead. Quant au département technique et artistique, il ne conserverait que son responsable, les quatre autres membres ayant été licenciés. Parmi les personnes remerciées figurerait d'ailleurs un des membres les plus anciens du studio, présent depuis l'époque fondatrice de John Carmack et John Romero.

Ça marche pas ? T'es viré. Ça marche ? T'es viré.

Contacté par Game Developer, Xbox a démenti que l'équipe id Tech soit réduite à une seule personne au Texas, affirmant que "des dizaines de personnes" travaillent sur le moteur à travers plusieurs sites. Les témoignages recueillis suggèrent néanmoins des coupes considérables, dont le fait qu'environ 90 % de l'équipe de design chargée de l'IA et du gameplay aurait été "anéantie", selon une source. Et puis, il y a le timing : l'extension Revelations de Doom : The Dark Ages vient tout juste de sortir, mais peu importe : "ils n'ont même pas attendu de voir si le produit était un succès avant de se débarrasser de l'équipe. Il n'y a aucun bénéfice à être détenu par Microsoft. En fait, ils ont détruit une valeur immense dont je ne pense même pas qu'ils aient conscience". Un autre ex-employé, cette fois-ci chez Zenimax Online Studios, s'est chargé de faire un bilan encore plus fataliste : "tout va s'effrondrer, parce que l'on dépend tellement des uns et des autres que vous ne pouvez pas supprimer presque la moitié des collaborateurs et s'attendre à ce que l'on fournisse le même niveau de contenu".

Ajoutez à ce climat déjà affreux une épée de damoclès au dessus de la tête d'une flopée d'employés ayant échappé à cette vague de licenciements, et vous avez la recette d'un désastre. Ainsi, un employé de Bethesda résume l'incertitude qui pèse désormais sur l'ensemble des équipes restantes : sur les 3 200 postes que Microsoft prévoit de supprimer d'ici la fin de l'exercice fiscal, seuls 1 600 ont été effectifs immédiatement, avec 1 600 autres suppressions encore prévues pour plus tard. "Je ne sais pas comment quiconque reste chez Xbox peut se sentir en sécurité en sachant que 1 600 coupes supplémentaires arrivent. Et même après ça, que se passera-t-il après juin 2027 ? Aurons-nous des licenciements en juillet pour la troisième année consécutive ?" indique cet employé anonyme. Et en considérant l'historique récent, il sera difficile de lui reprocher d'être déraisonnable dans son questionnement.

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