
Ubisoft Paris : le déploiement de l'intelligence artificielle suspendu suite à une action syndicale
Un gel temporaire en période de canicule
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Le bras de fer autour de l'intelligence artificielle générative franchit un nouveau cap en France. Sous la pression de son Comité Social et Économique (CSE) et du syndicat Solidaires Informatique, la direction d'Ubisoft Paris a dû suspendre le déploiement de ses outils d'IA, le temps de mener une expertise approfondie sur leurs impacts sanitaires, professionnels et légaux.
Dans un communiqué officiel publié le 15 juillet 2026, relayé par Mataoui Chakib Souleyman (programmeur chez Ubi et délégué syndical de Solidaires Informatique), la section syndicale d'Ubisoft Paris annonce avoir obtenu le gel temporaire de l'utilisation des outils d'IA générative et des grands modèles de langage (LLM) au sein du studio de développement. Une décision arrachée après que les représentants du personnel ont dénoncé les méthodes de la direction, qui poussait à l'adoption de ces technologies en ignorant les instances consultatives.
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On freine sur l'IA chez Ubisoft (pour le moment)
Pour justifier cette suspension réglementaire, le CSE d'Ubisoft Paris s'appuie sur le cadre légal français. Selon le Code du travail (notamment les articles L. 2312-8 et suivants), un employeur est dans l'obligation d'informer et de consulter les représentants du personnel avant d'introduire des outils capables de modifier substantiellement l'organisation globale, les compétences requises ou les conditions de santé et de sécurité au travail. L'entreprise se voit ainsi contrainte de stopper ses initiatives le temps de se conformer à la loi, ce qui implique l'élaboration d'un véritable plan d'accompagnement et de formation pour les salariés ; la présentation d'une étude d'impact détaillée évaluant la charge de travail, la santé mentale et physique, ainsi que l'employabilité future des équipes ; et la fin d'un déploiement jugé anarchique et susceptible de nuire à la stabilité des salariés.
Au-delà de la stricte bataille de procédures, Solidaires Informatique dresse un bilan particulièrement à charge contre l'intégration sauvage de l'intelligence artificielle générative dans les chaînes de production. Les retours d'expérience collectés auprès des développeurs d'Ubisoft Paris mettent en lumière des dérives concrètes. En premier lieu, une détérioration des conditions de travail : les utilisateurs d'outils d'IA font état d'une surcharge de travail, d'un stress accru et d'une précarisation globale de leurs tâches quotidiennes. On constate ensuite un déséquilibre des compétences : le manque de formation s'accompagne d'une perte de savoir-faire avérée chez les équipes concernées. Enfin, des menaces pèsent sur les embauches, alimentant une forte inquiétude quant à l'employabilité, d'autant que les nouvelles offres d'emploi d'Ubisoft exigent de plus en plus la maîtrise préalable de ces technologies IA.
Le syndicat pointe également une contradiction majeure dans la gestion financière d'Ubisoft. Alors que l'éditeur impose des budgets d'austérité drastiques à ses studios sous couvert de faire des économies, il s'engouffre parallèlement dans les coûts exponentiels et non maîtrisés qu'impose l'utilisation des LLM. Le communiqué rappelle enfin l'impact écologique lourd de ces technologies et l'exploitation éthiquement désastreuse des "travailleurs du clic" dans les pays du Sud global pour l'étiquetage des données.
Pour débloquer la situation, Solidaires Informatique exige des garanties solides avant d'envisager le moindre retour de ces technologies dans les processus de production. Le syndicat réclame d'abord un moratoire strict afin de laisser à l'expertise lancée par le CSE le temps d'analyser l'ensemble des risques professionnels. Les représentants exigent aussi la rédaction d'une charte éthique claire, transparente et protectrice pour les salariés, tout en imposant l'intégration systématique des développeurs au cœur des commissions de réflexion stratégique afin de placer enfin les premiers concernés au centre des décisions qui bouleversent leur métier. Pour le moment, la direction d'Ubisoft Paris n'a pas réagi publiquement.