
Amazon Luna s'affranchit de son isolement et rejoint Amazon Prime Video
Aux USA et au Royaume-Uni
Désormais, Amazon Luna est donc directement intégré à l'application Prime Video sur Fire TV aux USA et au Royaume-Uni. Concrètement, les abonnés Prime peuvent désormais lancer des jeux depuis un onglet "Jeux" de leur application vidéo habituelle, sans passer par une application ou un abonnement dédié. Un peu comme sur Netflix, finalement. Le catalogue, qui dépasse la centaine de titres selon l'abonnement, comprend des titres comme Indiana Jones et le Cercle Ancien, Hogwarts Legacy ou EA Sports FC 26.
Ce rapprochement met fin à une existence jusque là largement séparée pour Luna, lancé aux États-Unis en mars 2022 puis étendu au Royaume-Uni, à l'Allemagne et au Canada quelques semaines plus tard. Jeff Gattis, directeur général d'Amazon Luna et d'Amazon Game Studios, justifie ce choix par un constat simple : "pour beaucoup de gens, les jeux ont été plus difficiles à trouver qu'ils ne le devraient". Ce faisant, rendre Luna accessible depuis Prime Video permet selon lui aux abonnés de découvrir les jeux plus naturellement.
La stratégie du joueur accidentel
Dans un entretien accordé à GamesIndustry.biz, Gattis est d'ailleurs revenu plus largement sur la réorganisation de la branche jeu vidéo du groupe. À son arrivée, il a trouvé une structure éclatée en trois entités qui ne communiquaient pas entre elles : Amazon Game Studios, orienté MMO multiplateformes, l'équipe Luna développant sa technologie de cloud gaming de son côté, et Prime Gaming, avantage abonné distribuant du contenu à réclamer sur d'autres plateformes (dont Twitch, principalement). Cette consolidation a désormais donné naissance à deux pôles clairement identifiés, Luna comme plateforme et Amazon Game Studios comme structure de développement.
Sur le fond, Amazon assume avoir abandonné l'ambition de concurrencer frontalement Steam, PlayStation, Xbox ou l'Epic Game Store sur leur propre terrain. Le service vise désormais un public plus large : sur environ 3 milliards de joueurs dans le monde, Amazon estime que seuls 500 millions environ possèdent une console ou un PC, le reste jouant essentiellement sur mobile. C'est ce public, jugé mal desservi par l'industrie traditionnelle, qu'Amazon cible avec des licences grand public jugées accessibles comme Hogwarts Legacy, Indiana Jones ou les futurs jeux Tomb Raider (Legacy of Atlantis et Catalyst), ainsi qu'avec des expériences sociales courtes baptisées GameNight, jouables à la manette ou au smartphone.
Amazon mise également sur une approche transmédia, en s'appuyant sur son catalogue Prime Video et MGM Studios pour croiser jeux, séries et films, à l'image de Fallout ou du futur jeu Tomb Raider adossé à la série télé du même nom. Quoi qu'il en soit, plutôt que de vendre du cloud gaming comme substitut à la console, Amazon vend désormais du jeu vidéo comme fonctionnalité native de Prime Video. Autrement dit, l'idée est de transformer un abonné qui ouvre son application vidéo pour lancer un épisode en joueur, en cliquant sur une vignette parmi d'autres. C'est une manière de de contourner un problème que le cloud gaming traîne depuis Stadia : il faut convaincre les gens d'aller chercher une expérience de jeu. Et quoi de mieux que de lui mettre sous le nez, sans qu'il ne demande quoi que ce soit ? Reste que cette stratégie du "joueur accidentel" a un coût éditorial qu'Amazon pourrait bien avoir du mal à assumer : en misant sur des licences familières et des mécaniques peu exigeantes plutôt que sur des jeux compétitifs ou techniques, Amazon acte que Luna ne cherche pas à convertir les joueurs confirmés, il cherche à capter une audience qui n'a jamais eu de raison de s'y intéresser. Et c'est un pari qui, historiquement, n'a jamais porté ses fruits...